La broderie

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L’art de la broderie consiste à créer des motifs sur un tissu en réalisant des points à l’aide de fil coloré, d’une aiguille ou d’un crochet. Ces motifs peuvent être rehaussés de perles, paillettes ou rubans.

Le terme « broderie » s’emploie pour qualifier la technique et l’ouvrage lui-même. La broderie n’est pourtant pas une étoffe, mais bien une spécialité d’ennoblissement réalisée sur un produit textile fini. Cette caractéristique la distingue de la dentelle, avec laquelle on la confond parfois.

Réalisée à la main, à la machine, ou encore produite de manière industrielle, la broderie offre une multitude de possibilités d’embellissement ou de marquage textile.

Aujourd’hui, cet art du fil se déploie dans de nombreux secteurs de la mode et de l’artisanat : le prêt-à-porter, la décoration et l’industrie du luxe, notamment la haute couture. Les techniques et savoir-faire en la matière sont particulièrement diversifiés. Cette richesse permet à la broderie d’être pratiquée en tant que hobby par un grand nombre de passionné(es), en tant que métier d’art exercé par des artisans brodeurs et façonniers, mais aussi de constituer l’activité principale d’entreprises axées sur une production industrielle.

Quels sont les matériaux, outils et machines employés pour réaliser une broderie ?

 

 

Les matériaux pour la broderie

 

Une broderie se compose de fil et d’ornements colorés, à choisir selon l’ouvrage à réaliser, la technique ou le point employé, le motif envisagé…

 

Le fil à broder

Les points de broderie doivent être bien visibles sur le textile, c’est pourquoi le fil à broder à la main ou à la machine est plus épais que le fil à coudre. Présenté en écheveaux ou en bobines, il se décline en pur coton, en soie, en laine… dans une grande variété de nuances et d’effets (mat, satiné, brillant, scintillant, dégradé…)

Il existe plusieurs types de fils à broder adaptés à différents usages :

  • Retors : fil mat, souple et épais. On l’utilise au demi-point et pour le canevas.
  • Mouliné : fil satiné ou brillant, composé de 6 brins de coton dissociables et se travaille au point de croix.
  • Perlé : fil brillant et torsadé assez épais, utilisé au point de croix.

 

Les fils « à effets » sont souvent composés de polyester seul ou mélangé à de la viscose, de coton et polyamide

Le fil métallique (ou métallisé) est une fibre métalloplastique très utilisée en broderie pour son éclat brillant. Il se compose de filaments d’aluminium recouverts de polyester, parfois renforcé avec d’autres fibres (nylon, etc.)

L’entreprise française DMC (Dollfus-Mieg et Cie) implantée à Mulhouse en 1746 reste une référence grâce à son nuancier de fils à broder de près de 500 coloris.

 

Les fils textiles

 

Les embellissements : paillettes, perles, etc.

Jadis nommées « paillons » et faites de métal, puis de gélatine et de bakélite, les paillettes à coudre de forme ronde ou fantaisie sont désormais en polyester. Leur diamètre varie entre 2 et 10 mm.

Les perles de rocaille rondes utilisées en broderie sont en verre lisse, les plus brillantes sont facettées. Les perles les plus petites, appelées « charlottes », ont un diamètre de 15 mm. Les tubes ronds lisses ou facettés existent en différentes tailles.

Outre ces grands classiques, d’autres types d’ornements peuvent agrémenter une broderie sophistiquée : rubans, strass, cabochons de cristal, cannetille ou jaseron… Ces derniers se composent d’un fil de métal très fin enroulé en spirale. Une fois découpés aux dimensions souhaitées, ils s’utilisent comme une perle, notamment dans la broderie d’or.

 

Quels supports textiles ?

Il est possible de broder des textiles en mailles, mais les broderies sont généralement réalisées sur des étoffes tissées plutôt que sur des textiles élastiques qui peuvent entraîner une déformation des motifs.

 

 

 

La broderie artisanale

 

Décorative, mais pas seulement, la broderie joint l’utile à l’agréable. Autrefois, on brodait à la main pour embellir mais aussi pour des raisons pratiques. Broder un textile permettait d’identifier, de marquer ou de signer l’appartenance à un milieu.

 

Différents styles et techniques

Jusque dans les années 1950, les abécédaires brodés ont accompagné plusieurs générations d’écolières dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ces canevas et grilles de broderie au point compté sont par ailleurs les ancêtres de nos polices d’écriture pixelisées…

Avant l’apparition des marques tissées au milieu du XXe siècle, le point de marque était utilisé comme signe distinctif sur le linge. Brodées avec un fil de coton rouge écarlate ou d’Andrinople, les initiales du propriétaire résistaient bien aux lessives et permettaient à chacune de retrouver facilement son linge au lavoir.

La broderie blanche ou broderie anglaise est une broderie ton sur ton destinée à orner le linge de toilette et de maison. Initialement blanche ou écrue, elle se décline aujourd’hui en couleurs, mais repose toujours sur l’utilisation de plusieurs types de points : chaînette, lancé, feston, plumetis, bourdon, noué… Utilisée pour réaliser des monogrammes (initiales enlacées des époux), la broderie blanche intègre souvent des points de jours (alternance de vides et pleins) et des découpes rebrodées au point de feston.

La tapisserie à l’aiguille consiste à recouvrir entièrement un support textile de fils de laine, ou de soie. Ce type d’ouvrage, destiné à la décoration et à l’ameublement, est réalisé sur un canevas d’épaisse toile quadrillée au tissage aéré. La tapisserie à l’aiguille repose sur différents points de couture : diagonaux, droits, croisés, composés…

La broderie d’or était au XVIIe siècle une broderie militaire destinée à orner les uniformes et drapeaux de l’arsenal de Rochefort-sur-Mer. Depuis 1995, dans l’Atelier du Bégonia d’Or (Rochefort), les brodeuses charentaises ont hérité d’un savoir-faire qui leur permet de créer ou de restaurer des insignes militaires, des œuvres d’art liturgique… Toujours reconnaissable à ses motifs brillants rehaussés par l’utilisation de reliefs et de cannetilles, la broderie d’or s’invite désormais dans le domaine de la haute couture (Guerlain, Cartier, Piaget…) ou de l’art contemporain à travers les sculptures de Jean-Michel Othoniel.

La broderie perlée est indissociable du point de Lunéville, point de chaînette exécuté sur l’envers d’un textile tendu (tulle de coton, organza, mousseline, soie). Depuis 1865, cette broderie se travaille au crochet plutôt qu’à l’aiguille et s’agrémente de paillettes et de perles déjà pré-enfilées ou fixées une à une. Très apprécié pendant les années folles, le Lunéville « cousu main » fait toujours les beaux jours de la haute couture. La mécanisation de la technique a néanmoins permis à la broderie perlée de s’étendre au prêt-à-porter et aux arts du spectacle.

La broderie peut consister en un assemblage de tissus superposés, comme pour les motifs appliqués (pièces de tissu découpées et fixées sur un support textile grâce à leurs bordures brodées). C’est aussi le cas des boutis provençaux, composés de 2 épaisseurs de tissu de mêmes dimensions, piquées de motifs brodés rembourrés avec de la mèche de coton. La technique du boutis est souvent confondue avec le piqué marseillais ou matelassé, lui aussi composé de 2 couches de tissu (généralement du tissu provençal), entre lesquelles on intercale une nappe de coton, les 3 couches étant assemblées par des motifs brodés quadrillés.

 

Les outils de base pour broder à la main

En broderie traditionnelle, le duo aiguille / dé à coudre fait partie des outils de base. Le dé s’enfile sur le majeur pour ne pas se piquer en travaillant et avoir un geste plus précis.

Le crochet s’utilise notamment pour réaliser le point de chaînette ou « point de Beauvais ».

Le tambour permet de tendre le tissu à broder. Il se compose de 2 cercles de bois, de plastique ou d’aluminium.

Une paire de ciseaux est indispensable, de préférence de petite taille et bien aiguisés.

La roulette à patron lisse ou dentelée, la craie de tailleur ou le papier transfert servent à reporter le dessin sur le tissu.

Il s’agit ensuite de suivre une grille de broderie ou de créer son motif soi-même. Les sources d’inspiration ne manquent pas et les amoureux(ses) des traditions peuvent même se procurer les rééditions des guides Sajou publiés au XIXe siècle pour réaliser abécédaires et autres « ouvrages de dames » à l’ancienne.

 

 

 

 

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La broderie semi-mécanique (à la machine)

 

Plus rapide que la broderie à la main, la broderie à la machine a bénéficié des progrès dans le domaine de la mécanique avant d’évoluer vers la broderie numérique (ou broderie assistée par ordinateur).

Différents types de machines permettent de pratiquer l’art de la broderie en tant que loisir ou de manière professionnelle, pour des créations artisanales exclusives ou de très petites séries.

 

Machine à broder Cornely

La broderie Cornely tire son nom de la machine à broder semi-automatique inventée par Émile Cornely en 1865, capable de broder rapidement courbes et arabesques. Sa particularité ? Le support textile reste fixe, c’est l’aiguille mobile « guidée-main » qui se déplace en actionnant une manivelle placée sous le plateau. Toujours utilisé pour des broderies haut de gamme, ce procédé permet de broder au point de chaînette toutes sortes de tissus et de matières (cordelettes, perles, paillettes) à une vitesse de 1 200 points par minute.

 

Broderie à la machine

La plupart des machines à coudre et surjeteuses familiales permettent de réaliser une broderie simple au point droit ou zigzag (piqué libre). Certaines proposent également quelques points décoratifs.

Pour aller plus loin, notamment dans le cadre d’une utilisation professionnelle, plusieurs marques proposent des brodeuses et combinés machine à coudre / à broder équipées de systèmes de programmation de dessins. Ces machines à broder électroniques proposent un large choix de motifs prédéfinis. Elles offrent également la possibilité d’importer de nouveaux modèles, en créant ses propres « grilles numériques » grâce à un logiciel de broderie, ou en téléchargeant des motifs déjà numérisés.

 

 

 

La broderie industrielle

 

Quels types de broderies industrielles ?

La broderie mécanique sur tissu : elle peut être réalisée en bandes à découper ou en all-over sur différents types de tissus : en maille ou tissés, d’origine naturelle ou synthétique (coton, lin, lycra, textiles enduits…) Le tulle nécessite d’ajouter un support papier durant la réalisation de la broderie pour apporter la « tenue » nécessaire au textile. Les métiers à broder mécaniques sont aujourd’hui pilotés par informatique.

La guipure brodée : elle est réalisée sur un métier à broder mécanique. En coton ou en rayonne, plus rarement en fil de soie, elle est plus lourde et plus épaisse que la dentelle avec laquelle on la confond souvent. La guipure n’en est pas moins une broderie, réalisée sur un support prétraité chimiquement avant d’être dissous dans un bain rongeant.

La broderie sur articles confectionnés s’est développée grâce à l’apparition des machines à broder multitêtes, capables de broder un motif placé sur de grandes séries d’articles ou des séries personnalisées sur-mesure (lettrages, logos, dessins…) Cette branche de la broderie n’a pas vraiment de limites en ce qui concerne le type de pièce à ennoblir : vêtements, bagagerie, coiffes et bonnets, chaussures, écussons, linge de maison, etc… tout est « brodable » ou presque ! Ses motifs en relief et son excellente tenue dans le temps la positionnent comme une alternative « haut de gamme » à l’impression textile.

 

Les machines

Les métiers à broder verticaux permettent de broder des motifs sur des laizes de tissus de 70 cm à 300 cm placées verticalement sur le métier. Tout comme les machines à coudre, ils reposent sur l’utilisation de bobines et navettes de fil (« cocons »).

Les premiers métiers à broder verticaux (métiers à bras) étaient mécaniques. À l’origine, l’exécution d’un dessin brodé s’effectuait à l’aide d’un pantographe, un bras articulé relié à un stylo perforateur. Le rôle du piqueur était de reproduire le motif agrandi sur un carton par perforation, chaque trou représentant un point de broderie. Le pantographe permettait de réaliser le motif à échelle réelle sur le textile tendu à la verticale et de déplacer le cadre.

Au début du XXe siècle, le pilotage manuel au pantographe est remplacé par des automates dirigés par des cartes perforées selon la technique Jacquard. De nos jours, la mise en carte des motifs, la programmation et le pilotage des métiers à broder sont entièrement numériques.

Les machines multitêtes (ou barres multitêtes) sont utilisées pour broder simultanément et à grande vitesse plusieurs articles confectionnés. Selon le modèle, la barre peut être équipée de 6 à 48 têtes de broderie. Chaque tête comporte entre 9 et 12 aiguilles, équipées de différentes couleurs de fils en coton ou polyester. Les articles sont positionnés à plat, sur un plateau mobile qui se déplace pour repositionner le produit en cours de travail. Là encore, les rubans perforés ont laissé place à l’informatique : les dessins sont aujourd’hui numérisés et convertis en graphiques vectoriels à l’aide de logiciels compatibles avec le programme de pilotage de la machine.

 

 

À lire :

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.
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