L’histoire merveilleuse de la soie : de la Chine à Lyon

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Somptueuse, élégante et précieuse, la fibre de soie est depuis toujours considérée comme un art, à bien des égards. Quelle que soit sa forme, ver, cocon, fil ou étoffe, elle s’est imposée en tant que signe de richesse.

Associée à un savoir-faire ancestral, riche de qualités appréciées dans le secteur du textile, cette fibre naturelle d’origine animale nous dévoile ses plus beaux mystères. Récit d’une légende où secrets de fabrication, tradition et exportation ont fait d’elle un bien d’exception.

 

 

Son parcours, de la Chine à Lyon

 

Si l’on se fonde sur le plus ancien fragment de soie (2570 av. J.-C.) découvert en Chine, cette fibre exceptionnelle doit essentiellement son prestige à l’Empire chinois. Dans plusieurs régions de l’empire du Milieu, l’apparition de la fibre de soie s’associe à des mythes et légendes recelant bien des mystères sur sa production. En effet, jalousement gardée par les Chinois durant plusieurs siècles, sa fabrication reste exclusive au pays.

Forte de son succès, elle s’exporte au Japon, en Inde puis au sein d’autres contrées, notamment grâce aux illustres routes de la soie. Et ce, par des méthodes pour le moins douteuses (espions, pillards, commerces illégaux…)

De 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C., la dynastie des Han permet à cette matière de devenir un symbole de raffinement et de pouvoir. Au fur et à mesure, elle devient une valeur monétaire, un cadeau diplomatique ou religieux. Sous forme de bonnet et selon son coloris, elle indique le statut d’un juge, d’un guerrier ou d’un noble. En tant qu’accessoire, elle ennoblit les porte-monnaie, mouchoirs et ceintures.

Depuis le IVe siècle av. J.-C., les marchands voient en elle un moyen d’échange efficace et influent. Voyageant d’Est en Ouest, les marchands perses en prennent le contrôle et la diffusent grandement de l’Europe à Byzance.

De la Renaissance jusqu’à la fin du Second Empire, elle se manifeste en Europe occidentale et ne s’industrialise qu’au XIXe siècle. C’est à Lyon que la soie prend le plus d’ampleur, jusqu’à en devenir la plaque tournante mondiale. Cependant, elle connaît une décroissance fulgurante due à plusieurs facteurs : importantes épidémies affectant les vers à soie, pénuries, productions asiatiques de plus en plus performantes, arrivée massive de textiles dits « artificiels ».

Outre la forte demande de l’Inde et du Japon qui restent les plus imposants acheteurs de soie, cette dernière peine à retrouver sa grandeur d’antan.

La soie n’a pourtant pas dit son dernier mot : preuve incontestable, en mai 2017, la Chine ouvre un sommet dédié au projet faramineux de la nouvelle route de la soie.

 

 

les routes de la soie textileaddictles routes de la soie

 

 

 

Comment fabrique-t-on la fibre de soie ?

 

La soie repose sur un savoir de fabrication qui se traduit en plusieurs étapes. L’élevage de vers à soie – ou sériciculture – englobe les différentes phases de fabrication de la soie, de l’éclosion des cocons jusqu’au dévidage du fil. Vient ensuite le temps de la filature, puis du tissage et enfin de l’ennoblissement.

En France, la sériciculture se pratique toujours dans quelques magnaneries.

 

  • 1. Sériciculture

 

Les fils soyeux sont générés par la chenille d’un papillon de nuit nommé bombyx. En matière de soie de culture, il s’agit principalement du Bombyx du mûrier (Bombyx mori), une espèce obtenue par élevage et sélection.

D’abord œuf, puis larve, le Bombyx du mûrier traverse plusieurs phases de mue avant d’entamer sa grande métamorphose. Suite à la quatrième mue, les glandes séricigènes de l’animal entrent en action en sécrétant des protéines de soie appelées fibres protéiques. À partir de ce filament de bave ininterrompu d’environ 3 000 mètres de longueur, le ver à soie construit l’enveloppe qui l’abritera durant sa transformation en chrysalide, puis en papillon. Il consacre 2 à 4 jours à la confection de ce cocon qui se solidifie au contact de l’air.

La sériciculture nécessite de stopper le développement de la chrysalide à un stade précoce pour disposer de cocons en parfait état, ni percés, ni abîmés, condition sine qua non pour obtenir un fil de soie homogène et continu. Une dizaine de jours plus tard, on procède donc au « décoconnage » : les cocons sont prélevés, triés selon leur grandeur et leur qualité, puis « étouffés » en étuve à 80°C. 

 

 

  • 2. Filature de la fibre de soie

 

La filature comprend le dévidage, le décreusage, ainsi que le moulinage.

Dévidage : les cocons sont trempés dans de l’eau chaude pour les ramollir et dégager l’extrémité du fil afin de pouvoir le dérouler. Chaque fil étant très fin, 4 à 8 cocons sont dévidés à la fois pour obtenir un fil plus épais. Grâce au grès (ou séricine), le « vernis » soluble qui les enveloppe, les fils se soudent entre eux en refroidissant pour n’en former qu’un seul. Durant l’opération, ce fil de soie est enroulé autour d’un dévidoir, puis mis en écheveaux. Pour obtenir de la soie grège, une soie homogène de première qualité, les fils doivent être réunis sans subir de torsion.

Décreusage : La soie est plongée dans un bain d’eau chaude additionnée de savon pour la débarrasser du grès.

Enfin, le moulinage consiste à assembler les fils en leur appliquant une certaine torsion, afin de les rendre plus résistants en vue du tissage.

 

 

  • 3. Tissage

 

Le tissage consiste à entrelacer les fils de chaîne (longueur du textile) et les fils de trame (largeur du textile) à l’aide d’un métier à tisser (métier à tisser à bras, métier Jacquard…) pour obtenir différents types d’étoffes et d’armures : satin, taffetas (armure toile), mousseline, crêpe, velours

 

  • 4. Ennoblissement

 

Pour finir, l’ennoblissement permet d’appliquer de multiples teintures et apprêts afin de donner l’aspect définitif au textile.

 

 

 

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Propriétés textiles de la fibre de soie

 

Très résistante, la soie est également dotée d’une bonne élasticité et quasiment infroissable. Elle peut absorber rapidement un grand volume d’eau, ce qui facilite sa teinture.

La soie fait partie des fibres capables de réguler la température corporelle car elle est une très mauvaise conductrice de chaleur. Bien que son pouvoir isolant soit faible, il peut être amplifié par le fait de draper l’étoffe.

Tout comme la laine, la soie est une fibre naturelle d’origine animale (fibre protéique). Son entretien est semblable à celui des lainages, mais sans risque de feutrage.

 

 

L'histoire merveilleuse de la soie de la Chine a Lyon textileaddictLe musée des tissus de Lyon©JEFF PACHOUD / AFP

 

 

  • Production

 

Chaque année, environ 600 000 tonnes de soie sont produites, majoritairement par la Chine (70 % de la production mondiale). L’Inde, le Japon, la Russie, le Brésil, la Corée, la Thaïlande et la Turquie figurent également parmi les pays producteurs.

La production française est anecdotique, mais la sériciculture et l’artisanat de la soie restent des spécialités régionales encore représentées par quelques magnaneries, dans la Vallée du Rhône, les Cévennes, le Languedoc ou les Pyrénées.

 

 

  • Applications et dénominations

 

La soie peut être utilisée en tant que fil à coudre ou étoffe dans le domaine de l’habillement et des accessoires (rubans, etc.)

Le fil de soie grège, la soie de la plus haute qualité, est utilisé après torsion pour tisser le crêpe de soie, l’organsin et la grenadine.

La soie schappe est une soie de deuxième qualité, fabriquée à partir de bourre de soie (déchets après dévidage).

La bourrette de soie est une soie de troisième qualité, caractérisée par des fibres très courtes et la présence de nœuds.

La soie sauvage, aussi appelée tussah, tussore ou shantung, est issue d’espèces de bombyx non domestiquées. Son fil est plus épais et moins régulier que celui de la soie de culture.

 

 

 

À lire :

Les fibres naturelles

Les fibres textiles et leur classification

Fibre textile : la soie d’araignée

 

 

Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.
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