L’histoire de la broderie

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L’histoire de la broderie a commencé avec une idée toute simple : utiliser les points de couture à des fins décoratives. Depuis, cette technique d’ennoblissement a traversé les âges en jouant différents rôles : simple ornement, marque d’identification, signe extérieur d’appartenance à un groupe social ou distinction…

Qu’elle soit traditionnelle, semi-mécanique ou industrielle, la broderie continue d’embellir les textiles et leur donne parfois des allures d’oeuvre d’art. Comment cet art du fil a-t-il évolué en Occident jusqu’à nos jours ?

 

 

La broderie, un art ancestral

 

Sur les textiles très anciens, les résidus de fils de métal, les perles (verre, faïence, bronze, ambre…), voire les trous d’aiguille sont souvent les seuls indices dont disposent les chercheurs pour identifier la présence d’un motif brodé.

En Asie, des fragments de tissu ornés de motifs réalisés au point de croix démontrent que l’on maniait l’aiguille à broder dès 850 av. J.-C.

À Korpi, près d’Athènes, des pièces de lin originaires de Perse et brodées de fils d’argent (500 av. J.C.) ont été retrouvées, ainsi qu’une robe ornée de motifs cousus au fil d’or dans le sud de l’Ukraine (1er siècle avant J.C.)

Cependant, la doyenne actuelle des pièces brodées est scandinave : cette tunique dotée de manches brodées habille la « femme de Skrydstrup », qui vivait à l’Âge du Bronze (-1300 av. J.C.)

Ces trouvailles archéologiques permettent d’estimer qu’environ 15 000 ans se sont écoulés entre l’invention de l’aiguille à chas (Paléolithique supérieur) et l’apparition des premiers « décors physiques » cousus.

Pendant très longtemps,la technique a été principalement utilisée pour orner des vêtements d’apparat réservés à la noblesse et aux hauts dignitaires religieux. L’histoire de la broderie montre que cet usage s’est poursuivi bien au-delà du Moyen-Âge.

 

 

De la broderie médiévale en Europe à l’époque moderne

 

La plus célèbre broderie réalisée durant le Moyen-Âge reste sans aucun doute la tapisserie de Bayeux, le premier exemple de broderie civile. Cet ouvrage réalisé au XIe siècle retrace les grands épisodes du règne de Guillaume le Conquérant au point de chaînette, sur plus de 68 mètres de toile de lin brodée de fil de laine.

Au XIIIe siècle, le développement de la broderie liturgique entraîne la création d’ateliers de brodeurs dans toute l’Europe. Chaque pays a son propre style, le plus abouti étant sans doute l’opus anglicanum, broderie aux fils d’or et de soie.

En Allemagne, on brode au fil blanc sur du tissu blanc, avec une multitude de points différents pour compenser cette monochromie.

En 1471, la confrérie des brodeurs chasubliers de Paris s’établit.

Malgré les multiples lois somptuaires éditées pendant la Renaissance, la broderie est un luxe dont usent et abusent les monarques, les membres des cours européennes, mais aussi la bourgeoisie. Scintillants, extrêmement sophistiqués, ornés de pierres précieuses, de perles, de fils d’or et d’argent, les vêtements brodés signent le prestige d’un individu : ils doivent susciter l’émerveillement.

Les motifs évoquant la faune et la flore sont en vogue, notamment les fleurs exotiques. En 1608, les plantes représentées dans l’ouvrage « Le Jardin du Roy » offrent de nouvelles sources d’inspiration aux brodeurs.

Au cours du règne de Louis XIV, la broderie française s’immisce aussi dans l’univers de la décoration. Sous l’impulsion de la Manufacture Royale de la Couronne aux Gobelins, puis de l’atelier de broderie du Couvent Saint-Joseph, elle s’invite dans les appartements du Roi à Versailles sous la forme de tentures, rideaux, habillages de fauteuils…

Jusqu’ici synonyme de faste et d’élégance, la broderie devient un art populaire au XVIIIe siècle. Un public de plus en plus large s’intéresse à cette technique, devenue accessible grâce à des livres de modèles.

L’Angleterre voit apparaître en 1770 le « Lady’s Magazine », suivi par d’autre revues du même type qui contribuent à la diffusion de grilles de broderies. À l’aube du XIXe siècle, l’art de la broderie est toujours exercé en tant qu’activité professionnelle par des artisans hautement qualifiés, mais aussi pratiqué en tant que passe-temps à la maison, pour réaliser des ouvrages d’agrément : cols, napperons, coussins, etc.

 

 

 

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De la mécanique au XIXe siècle à la broderie contemporaine

 

En 1825, le brodeur Barthélémy Thimonnier invente la première machine à coudre. Quatre ans plus tard, José Heilmann, un ingénieur alsacien, crée un métier à broder équipé d’un pantographe. Son invention n’intéressant personne en France, il dépose le brevet de cette machine en Suisse. Cette nouvelle technologie est à l’origine de la broderie brûlée de Saint-Gall (ou « dentelle au métier suisse »), ouvrant la voie à la broderie mécanique. Les premiers métiers mécaniques suisses sont importés en France à partir de 1868 et permettent à la broderie anglaise de se diffuser.

À la fin du XIXe siècle, le territoire français compte 1050 métiers à pantographes, 150 métiers à broder Jacquard et 5 000 métiers à broder à bras.

En 1865, Émile Cornely perfectionne une machine à broder mécanique inventée par Antoine Bonnaz deux ans plus tôt en y ajoutant une manivelle. La machine Cornely est née, permettant de piquer librement tous types de tissus en réalisant des volutes à l’aide de différents matériaux (fils, cordelettes, paillettes, perles…)

En 1869, une école de broderie ouvre ses portes à Saint-Quentin. En 1886, la maison Dollfus-Mieg (qui deviendra plus tard la célèbre maison DMC) publie l’« Encyclopédie des ouvrages de dames ». En 1889, l’Exposition Universelle de Paris met en avant le point de Lunéville. Dès la fin du XIXe siècle, les productions bretonnes, anglaises ou irlandaises de broderie mécanique sur tulle rivalisent avec les dentelles de Lille, Chantilly ou Bruxelles.

Le début du XXe siècle est marqué par la transformation de la silhouette féminine, sous l’influence de créateurs innovants. La broderie s’intègre aux lignes simples de ces nouveaux modèles pour leur apporter élégance et sophistication. Charles Frederick Worth, considéré comme le précurseur de la haute couture, inspire le couturier Paul Poiret. Celui-ci impose rapidement son style avec des tuniques de mousseline ou de tulle ornées de perles, de paillettes et de fourrure. Aujourd’hui encore, les plus grands couturiers font appel à d’illustres ateliers de broderie pour leurs créations : Rébé, Lesage

En 1988, l’histoire de la broderie s’engage sur la voie du numérique grâce à X Brod., un programme mis au point par l’INSSET de Saint-Quentin (Institut Supérieur des Sciences et techniques) et l’Association des brodeurs pour l’innovation industrielle.

Dans le secteur textile, la broderie est désormais répartie en trois branches : la haute couture (broderie manuelle ou semi-mécanique de type machine Cornély), la broderie industrielle (broderie personnalisée ou non sur articles confectionnés par des machines à têtes individuelles) et les broderies en continu, en all-over ou en bandes séparées, domaine dans lequel les industriels de la région Nord-Pas-de-Calais se distinguent par leur savoir-faire.

 

 

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.
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