L’histoire des textiles en Afrique

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Les textiles d’Afrique témoignent d’une histoire complexe, riche et diversifiée qui s’étend sur plusieurs millénaires. Découlant d’une multitude d’influences culturelles et artistiques, un très grand nombre de techniques de tissage, de teinture et d’ornement ont permis aux artisans textiles africains d’inventer des styles et des motifs uniques en leur genre.

Les tissus d’Afrique ont leur propre vocabulaire iconographique. Aujourd’hui encore, et peut-être plus que jamais, ils symbolisent les croyances et l‘identité des différentes ethnies qui la peuplent. Ils sont aussi les témoins précieux de l’évolution d’un continent. Découvrons l’histoire des textiles d’Afrique, ce trésor culturel d’une immense valeur.

 

 

Des traditions anciennes de tissage et de teinture

 

Les origines du tissage en Afrique

 

Dans le Sahara algérien, 3 000 ans avant notre ère, on connaissait déjà le tissage. Les humains représentés sur des peintures rupestres découvertes dans le Tassili confirment que les habitants de l’époque portaient déjà des vêtements tissés sur des métiers mécaniques.

Et pour cause : le métier horizontal a voyagé de l’Asie vers l’Egypte à l’époque pharaonique. Au départ, cet outil permettait aux artisans égyptiens de travailler du lin, cultivé et filé localement, et plus tardivement de la laine, importée du Proche-Orient.

Dans le reste de l’Afrique, les tisserands ne disposaient que de fibres végétales inadaptées au filage. Cette absence de matières premières exploitables semble avoir freiné l’essor du tissage sur le continent, du moins dans un premier temps.

 

  • Le métier horizontal à marches (métier soudanais)

 

Au début de l’ère chrétienne, des peuples venus du nord-est du Sahara (Proche-Orient) s’implantent à l’ouest de l’Afrique occidentale, sur le territoire du peuple Peul (Haut-Sénégal). Ils sont accompagnés de moutons… et du métier à tisser horizontal à marches, un modèle élaboré adapté au tissage de la laine. Les tisserands Peuls sont les premiers africains à se lancer dans l’élevage des moutons. Initiés par les Arabes, ils apprennent également à tirer parti du coton sauvage, une ressource locale qui peut être filée et tissée au métier. Cependant, les métiers à tisser la laine ne sont pas appropriés au tissage de la fibre de coton. Elle nécessite de transformer l’outil pour optimiser son fonctionnement. Un autre type de métier est inventé, mieux adapté à la production de cotonnades. Plus imposant que le métier à laine, il est aussi moins facilement transportable. En terre Peul, les deux types de métiers, l’un pour la laine, l’autre pour le coton, continuent à être utilisés. Ces techniques de tissage se diffusent vers les peuples alentours (Bambaras, Wolofs, Toucouleurs, Dogons…) au Soudan, en Gambie au XIIIe siècle, puis vers le sud.

 

  • Le métier vertical (Niger)

 

En parallèle, un autre type de métier à tisser très particulier apparaît au sud du Nigéria. Beaucoup plus rudimentaire que le métier utilisé dans la région du Soudan, ce petit métier vertical est manipulé essentiellement par des femmes. Rapidement adopté par le peuple Yoruba qui ne dispose pas de lin, de coton ou de laine, l’outil est à l’origine employé pour filer les fibres végétales locales. Il faudra attendre l’introduction du coton au Nigéria pour que l’activité du tissage s’y développe.

 

  • Le métier à fosse (Éthiopie)

 

En Afrique de l’Est (Abyssinie, Somalie), le métier à tisser « à marches et à fosse » apparaît très tôt. Très semblable aux métiers indiens par sa taille imposante et sa grande largeur de peigne

 

  • Le tissage par bandes : une spécialité africaine

 

Ces trois familles de métiers à tisser ont connu des variantes et des améliorations, mais elles coexistent encore en Afrique de nos jours. La plupart servent au tissage par bandes, une technique très répandue, notamment en Afrique de l’Ouest. Ce mode de fabrication caractérise encore aujourd’hui de nombreuses variétés de textiles d’Afrique traditionnels.

Il consiste à fabriquer des bandes de tissu de 9 cm à 25 cm de largeur, puis à les assembler par couture pour confectionner des pagnes. Selon les régions, les matériaux utilisés vont du coton à la laine de mouton, de chèvre ou de chameau, en passant par la soie ou les fibres végétales telles que le raphia, le roseau ou les palmes. Parfois extrêmement étroites (moins de 2 cm de large !) ces bandes permettent d’obtenir des effets décoratifs très particuliers grâce à des techniques diverses : ikat, plangi, tapisserie, imprimé sur coton, broderie, appliqués

 

  • L’omniprésence de l’armure toile

 

De manière générale, les armures des textiles d’Afrique se limitent à des variations autour de la toile. Pour travailler des décors, les artisans recourent souvent à la tapisserie, au motifs en lancé ou brochés… Les tapisseries peuvent être réalisées en laine, ou même en coton.

 

  • Teinture artisanale

 

Les artisans africains tirent parti des ressources naturelles locales depuis des millénaires pour teindre et décorer le textile, le cuir ou les coquillages. En Afrique du Nord, notamment en Égypte, on employait dès l’Antiquité la racine de Garance, le carthame et le pastel pour colorer les étoffes. En Afrique de l’Ouest, les teinturiers ont une maîtrise très ancienne des procédés employant l’indigo (l’une des techniques les plus répandues sur tout le continent), mais aussi des écorces riches en tanins ou des racines.

Les techniques traditionnelles varient considérablement selon les régions et les groupes ethniques, incluant la teinture à la réserve (teinture par noeuds ou tye and dye, batik, ikat, teinture par couture…) ou la teinture de boue au Mali (Bogolan), une méthode qui consiste à appliquer de la boue fermentée sur des tissus en coton. Ces traditions ancestrales, souvent très sophistiquées, sont transmises de génération en génération et se perpétuent encore de nos jours.

 

 

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Le commerce et les migrations, facteurs d’évolution des textiles d’Afrique

 

Les échanges commerciaux

L’Afrique a de tout temps été une terre propice aux échanges commerciaux. Ainsi , les marchands circulant entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Occidentale par les routes commerciales transsahariennes ont initié très tôt la diffusion de la soie, du coton et de la laine, mais aussi de différentes techniques de teinture et de création de motifs décoratifs.

Par ailleurs, les routes maritimes de l’Océan Indien ont favorisé les rapprochements entre l’Afrique Orientale, la péninsule arabique et le sous-continent indien. Ce réseau maritime a lui aussi facilité l’introduction de la soie et du coton, mais aussi de techniques d’impression (batik, impression au bloc). La proximité relative de l’Inde et de la Corne de l’Afrique explique, par exemple, l’étonnante ressemblance entre les métiers à tisser à fosse d’Afrique de l’est et leurs équivalents indiens. Et l’on retrouve en Afrique nombre de techniques décoratives d’origine indonésienne (ikat, plangi, batik…)

 

Migrations et nomadisme

Au sein même du continent, les différents peuples d’Afrique ont également eu d’innombrables occasions de partager leurs savoir-faire tout au long de leur histoire. Ces transferts de connaissances, favorisés par le mode de vie nomade ou semi-nomade de nombreux groupes ethniques (Bédouins, Touaregs, Massaï, Peuls, Toubous…) ont bénéficié à l’artisanat textile en favorisant le développement de nouvelles techniques et de nouveaux styles propres à chaque aire géographique.

 

 

L’impact du colonialisme et de l’industrialisation sur les textiles d’Afrique

 

Soumise au colonialisme moderne par les grandes puissances européennes entre la fin du XIXe siècle et la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, l’Afrique a vu sa production et sa consommation de textiles se transformer radicalement.

L’introduction de produits manufacturés européens peu onéreux, tels que les textiles tissés à la machine ou les cotons imprimés, ont entraîné le déclin des tissus traditionnels produits localement, notamment en Afrique de l’Ouest.

En revanche, l’introduction des métiers à tisser mécanisés et des teintures synthétiques entre le XIXe et le XXe siècle a révolutionné l’industrie textile sur le continent africain, comme par exemple au Nigéria, au Kenya, au Ghana…

 

 

 

 

Réappropriation des traditions textiles d’Afrique et vision d’avenir

 

De nombreuses traditions textiles ont perduré en Afrique malgré le colonialisme et l’influence de la mondialisation. On observe depuis plusieurs décennies un regain d’intérêt vis-à-vis de ces techniques traditionnelles. Ce patrimoine culturel est désormais reconnu et apprécié à sa juste valeur, en Afrique et à l’échelle mondiale, et il s’accompagne d’un fort potentiel économique.

Les efforts se multiplient pour préserver l’artisanat traditionnel, soutenir les artisans locaux et assurer la promotion à l’international de spécialités textiles qui ont, en outre, l’avantage d’avoir l’esprit durable. Par ailleurs, l’industrie de la mode décolle en Afrique et ses créateurs rayonnent désormais dans la haute couture, les métiers d’art et l’habillement.

Soutien des industries créatives en Afrique, notamment par l’intermédiaire de l’Ethical Fashion Initative rattachée à l’ONU, l’UNESCO protège déjà certains savoir-faire et techniques textiles uniques au monde. Certains gouvernements africains misent sur la protection intellectuelle et les appellations IGP, comme par exemple la Côte d’Ivoire avec les motifs de pagnes Baoulé et de toile Korhogo.

Pour d’autres pays tels que le Ghana ou le Nigéria, il s’agit de prendre des initiatives pour promouvoir la production textile nationale et réduire la dépendance aux tissus importés.

De nombreux défis sont encore à relever afin d’assurer la protection juridique des créateurs et des professionnels africains, d’encourager les investissements dans les PME, de viser l’exemplarité environnementale ou de favoriser la transmission des savoir-faire et la formation.

Cependant, l’avenir s’annonce prometteur pour les textiles Made in Africa. Une analyse récente de l’UNESCO tend même à prouver que le continent a « toutes les cartes en main pour devenir un champion de la mode« . L’histoire des motifs textile et des textiles d’Afrique est assurément en train d’amorcer un tournant majeur…

 

 

À lire :

Le wax est-il (encore) africain ?

La teinture artisanale : la teinture à la réserve

L’histoire des textiles en Inde

Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.

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