| Mis à jour 09/2026 |
Les apprêts font partie des opérations d’ennoblissement pour modifier l’apparence ou le toucher des tissus et leurs apporter des propriétés spécifiques.
Particulièrement, les apprêts chimiques consistent essentiellement à déposer des produits en dispersion, en émulsion ou en suspension sur la matière textile pour modifier les propriétés du textile.
En 2025, le marché mondial des textiles techniques, dont les apprêts chimiques sont l’un des piliers, est estimé à environ 261,8 milliards de dollars, et devrait atteindre 453,3 milliards de dollars d’ici 2035, soit une croissance annuelle moyenne de 5,64 % (Market Research Future, 2025). Cette dynamique s’explique par la demande croissante en vêtements de protection, textiles médicaux, sportswear technique et matériaux composites, des secteurs où les apprêts chimiques déterminent directement la performance finale du produit.
Comment déposer les apprêts chimiques ?
Il existe trois grandes techniques pour déposer les apprêts chimiques :
- l’imprégnation : généralement effectuée par foulardage, cette opération consiste à plonger en continue le textile dans un bain puis de le sécher et de lui apporter un éventuel traitement thermique. L’utilisation du bain d’apprêt très énergivore peut être remplacée par l’application de mousse, par le transfert de bain par contact ou encore par la pulvérisation. L’imprégniation permet un traitement de l’ensemble du textile (au coeur des fibres) en favorisant la pénétration et la diffusion de l’apprêt. Ainsi, cette action ne modifie pas l’aspect, le toucher ou encore la respirabilité des fibres. Cette technique très simple est utilisée souvent pour la coloration mais aussi pour le dépôt de micro-capsules de principes actifs.

- l’enduction : une pâte d’enduction (polymère naturel ou synthétique liquide mélangé à une résine synthétique thermodurcissable) est appliquée avec une racle sur la surface du textile. La fixation se fait par polymérisation. Cette opération s’effectue sur une seule face du textile. Cette technique est très utilisée pour les accessoires de mode avec imitation cuir (chaussures, bagagerie, sacs) et pour les vêtements demandant une grande visibilité (vêtement de protection et de sécurité, tissus réfléchissants, vêtements de travail, …).

- le laminage ou contre-collage : l’adhérence de deux surfaces textiles est réalisée au moyen d’adhésifs ou de chaleur et de pression – dépôt d’un adhésif ou, sous l’effet de la chaleur, d’une pellicule de polymère ou d’une mousse, puis pressage d’une seconde surface textile sur la première. Le contre-collage des mousses à la flamme, technique largement utilisée, expose une fine feuille de mousse thermoplastique à la flamme d’un brûleur situé avant les rouleaux de contre-collage. On distingue le laminé « 2 couches » (membrane laminée à l’extérieur, doublure intérieure libre) du laminé « 3 couches » (doublure collée aux deux autres couches : plus solide mais moins souple). Ce procédé est particulièrement employé pour les vêtements de protection et de sécurité ainsi que pour les matériaux composites.
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Les différents types d’apprêts chimiques
Il est possible de répartir les apprêts chimiques en quatre groupes :
Les apprêts de tenue à l’usage
Ces apprêts ont pour but d’améliorer la durabilité du produit textile et de faciliter les opérations d’entretien courant (lavage et séchage).
On retrouve dans cette classe,
- les apprêts infroissables
- le pliage permanent
- la stabilisation dimensionnelle
- l’apprêt infeutrable sur laine
- les produits destinés à améliorer les niveaux des solidités des teintures.
- le mercerisage : réservé aux fibres cellulosiques (en particulier le coton), le mercerisage consiste à imprégner le tissu de soude caustique (le traitement se fait à froid ou à chaud) en le maintenant sous une certaine tension, ce qui produit un changement interne de la fibre. Il accroît ainsi son éclat et sa résistance au déchirement, faisant disparaître les cassures et autres plis permanents du tissu.

Les apprêts de protection
Cette catégorie reprend les traitements qui visent à protéger le produit textile en fonction de sa nature propre et de son environnement futur :
- hydrofugation : le tissu est enduit d’un agent chimique comme le silicone qui repousse les liquides tout en conservant le passage de l’air (contrairement à l’imperméabilisation). Ce traitement n’est pas permanent et supporte mal les frottements, lavages et nettoyages. (exemple de traitement hydrofuge : le Téflonnage)
Précision réglementaire : Les apprêts hydrofuges historiques reposaient largement sur des composés perfluorés (PFAS/PFC), aujourd’hui pointés du doigt pour leur persistance dans l’environnement : selon l’Agence européenne pour l’environnement, les textiles comptent parmi les principales sources de pollution aux PFAS à l’échelle mondiale. Le cadre réglementaire se durcit rapidement : la France interdira les PFAS dans le textile dès janvier 2026, le Danemark au 1er juillet 2026, et une restriction européenne au titre de REACH est attendue en avril 2026, tandis que plusieurs États américains (Californie, New York, Vermont, Maine, Colorado, Connecticut, Washington) légifèrent sur des calendriers échelonnés entre 2025 et 2028. Les fabricants se tournent donc vers des alternatives PFC-free (cires, dendrimères, silicones modifiés) qui offrent un effet déperlant efficace mais nécessitent, comme les traitements traditionnels, un renouvellement régulier après plusieurs lavages.
- imperméabilisation : le tissu est étanche à l’eau et à l’air
- oléofugation / apprêts antitaches. Il existe deux genres d’apprêts, les apprêts « Soil repellent », rendant oléophobe la surface du textile, qui « repousse » les taches, et les apprêts « Soil release », rendant hydrophile la surface du textile, ce qui facilite l’élimination des taches au lavage.
- ignifugation : traitement destiné à rendre les matières textiles ininflammables en supprimant les possibilités de propagation de la flamme.
Précision technique : L’ignifugation repose sur l’application de particules métalliques, de borax ou de caoutchouc chloré fixés sur le tissu ; comme l’hydrofugation, ce traitement ne résiste ni au lavage ni à la pluie et doit être renouvelé. En Europe, la performance des vêtements de protection contre la chaleur et les flammes est encadrée par la norme EN ISO 11612, tandis que le classement au feu des tissus d’ameublement relève de la norme NF EN 13501.
- biocide
- antistatique
- antimite (pour la laine)
- cryptogamique (pour les celluloses) : traitement contre les moisissures

L’adjonction d’une membrane
Au-delà des apprêts déposés en surface, la protection contre les intempéries peut aussi venir de l’ajout d’une membrane : une couche mince, souple et élastique (film synthétique) insérée entre le tissu extérieur et la doublure. Étanche, perméable ou semi-perméable, elle assure un effet coupe-vent tout en offrant une protection contre la pluie ou un pouvoir filtrant. Le principe est simple : la vapeur d’eau produite par la transpiration s’évacue vers l’extérieur, tandis que les gouttes de pluie, plus grosses, ne peuvent traverser la membrane en sens inverse, c’est ce qui distingue un textile « imper-respirant » d’un simple textile imperméable. Les membranes les plus connues jalonnent l’histoire du textile technique : le Téflon (1950, DuPont de Nemours) a ouvert la voie ; Gore-Tex, inventée en 1969 par Bob Gore (membrane microporeuse en PTFE expansé), reste la référence du secteur, suivie par Sympatex (1986, membrane non poreuse en polyester) et Aditex-Stratotex (membrane extensible en polyuréthane). Depuis 2022, la marque Gore-Tex commercialise également une membrane ePE de nouvelle génération, à empreinte carbone réduite.
Les apprêts organoleptiques
Il s’agit des apprêts agissant sur un organe des sens, et donc ayant une action à caractère purement subjectif.
Il peut s’agir de :
- apprêt de charge et de raidissage : ce traitement confère aux tissus une certaine tenue
- apprêt de garniture : les apprêts de garniture sont destinés à donner au tissu une certaine tenue appelée la « main » du tissu. Pour cela, on le foularde avec de l’amidon, des dérivés cellulosiques ou des résines.
- apprêt de modification du toucher
- apprêt d’adoucissage : les adoucissants modifient le toucher et peuvent avoir un caractère antistatique
- apprêt de brillantage
- apprêt d’enduction : l’enduction consiste à appliquer sur le textile un matériau polymère liquide.
- glaçage : il augmente la brillance en surface par dépôt d’amidon
- matage : il diminue la brillance des textiles chimiques par addition d’oxyde de titane dans la masse de polymère avant le passage en filière

Les autres apprêts
Les apprêts ne figurant pas dans les trois catégories précédentes peuvent néanmoins apporter des propriétés bien précises comme :
- l’aptitude à la confection
- l’azurage optique : l’azurage permet d’obtenir un blanc plus pur par addition de colorant bleu
- l’amélioration des propriétés mécaniques
- la micro-encapsulation aux vertus thermorégulantes, cosmétotextiles…
La micro-encapsulation consiste à emprisonner une substance active (enzymes, pigments, …) dans une membrane sphéroïdale, soit par incorporation dans un liant d’impression pigmentaire, soit par vaporisation, soit par incorporation au filage au moment de l’extrusion. Les micro-capsules se brisent sous l’effet de la chaleur ou des frottements et libèrent progressivement les principes actifs contenus dans les micro-capsules. Cette technique est couramment utilisée dans le domaine des cosmétotextiles, la gamme de principes actifs micro-encapsulables (crèmes, déodorants…) s’étendant progressivement à de nouveaux produits.
Le marché mondial de la microencapsulation, tous secteurs confondus (textile, pharmacie, agroalimentaire, cosmétique), est évalué à 15,3 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 34,6 milliards de dollars d’ici 2033, soit une croissance annuelle moyenne de 10,5 % (Grand View Research, 2025). Dans le textile, les cosmétotextiles restent le débouché le plus visible du grand public, mais la micro-encapsulation se développe aussi pour les textiles à changement de phase (PCM), capables de stocker puis de restituer la chaleur corporelle selon la température ambiante (par exemple à partir de 80 °C pour la charge, et jusqu’à -10 °C pour la restitution dans certaines formulations), apportant une régulation thermique active particulièrement recherchée dans le sportswear et les équipements outdoor.
Autre voie d’innovation dans les apprêts chimiques : la nanotechnologie, qui consiste à fabriquer des nanocomposants à partir d’un matériau, soit en le « découpant » pour réduire sa taille le plus possible (voie descendante), soit en assemblant la matière atome par atome pour obtenir des molécules intégrées dans de plus grands systèmes (voie montante). Ces nanocharges peuvent intervenir directement dans la fabrication des fibres ou être déposées à la surface du textile. Leurs applications les plus courantes concernent les fonctions antibactériennes, antitaches, anti-ultraviolets, parfumantes ou désodorisantes.
Tableau comparatif des principaux apprêts chimiques
| Technique | Principe | Exemple concret | Durabilité du traitement | Usage typique |
|---|---|---|---|---|
| Imprégnation | Bain, mousse ou pulvérisation ; action au cœur de la fibre | Antitaches, colorants, micro-capsules | Variable selon le liant utilisé | Coloration, dépôt de principes actifs |
| Enduction | Pâte polymère appliquée à la racle sur une face, fixée par polymérisation | Imitation cuir, tissus réfléchissants | Bonne (couche continue) | Chaussures, bagagerie, vêtements haute visibilité |
| Laminage / contre-collage | Adhésif ou chaleur + pression entre deux surfaces textiles | Laminé « 2 couches » ou « 3 couches » | Très bonne, résiste à l’usage intensif | Vêtements de protection, matériaux composites |
| Hydrofugation (DWR) | Silicone ou alternative PFC-free appliquée en surface | « Téflonnage », traitements DWR | Faible à moyenne, à renouveler après lavages | Vêtements outdoor, workwear |
| Membrane | Film mince inséré entre le tissu extérieur et la doublure | Gore-Tex, Sympatex, Aditex-Stratotex | Très bonne (plusieurs années) | Vêtements imper-respirants |
| Ignifugation | Particules métalliques, borax ou caoutchouc chloré fixés sur le tissu | Conformité EN ISO 11612 | Ne résiste ni au lavage ni à la pluie | EPI, vêtements de travail, rideaux |
| Micro-encapsulation | Substance active enfermée dans une membrane sphéroïdale | Cosmétotextiles, textiles à changement de phase (PCM) | Libération progressive puis épuisement | Bien-être, thermorégulation active |
| Nanotechnologie | Nanocomposants intégrés en fibre ou déposés en surface | Traitements antibactériens, anti-UV | Variable selon le mode de fixation | Textiles médicaux, sport, filtration |
Questions fréquentes sur les apprêts chimiques textiles
Quelle est la différence entre hydrofugation et imperméabilisation ?
L’hydrofugation rend le tissu « non mouillable » : l’eau perle en surface sans traverser la matière, mais l’air continue de circuler, ce qui préserve le confort et la respirabilité. L’imperméabilisation, elle, bloque à la fois l’eau et l’air : le tissu devient totalement étanche mais aussi moins respirant et souvent moins agréable à porter. C’est pourquoi l’hydrofugation, notamment associée à une membrane respirante, a largement remplacé l’imperméabilisation classique sur les vêtements techniques modernes.
Combien de temps dure un traitement déperlant (DWR) ?
Un apprêt hydrofuge n’est pas permanent : il perd en efficacité après plusieurs lavages, frottements ou expositions aux UV, généralement au bout de quelques mois à quelques années selon l’usage et l’entretien. Il peut être réactivé par un passage au sèche-linge à basse température ou renouvelé avec un produit déperlant du commerce.
Les apprêts chimiques textiles sont-ils dangereux pour la santé ou l’environnement ?
Cela dépend du produit utilisé. Les apprêts historiques à base de PFAS/PFC, employés notamment pour l’hydrofugation, sont aujourd’hui considérés comme des polluants persistants et progressivement interdits (France et Danemark en 2026, restriction REACH européenne attendue en avril 2026). D’autres apprêts, comme les enductions polymères ou la micro-encapsulation, sont généralement considérés comme sûrs lorsqu’ils respectent les réglementations REACH et les certifications textiles (OEKO-TEX, bluesign). Il est recommandé de privilégier les produits certifiés et les alternatives PFC-free.
Quelle différence entre enduction et laminage ?
L’enduction consiste à appliquer une pâte polymère liquide directement sur une face du tissu à l’aide d’une racle, puis à la fixer par polymérisation : le résultat forme une couche continue et homogène. Le laminage (ou contre-collage) assemble deux surfaces textiles déjà constituées — un tissu et une membrane ou une mousse, par exemple — au moyen d’un adhésif ou de chaleur et de pression. Le laminage est plutôt utilisé pour les textiles multicouches et les vêtements de protection, tandis que l’enduction cible surtout l’aspect de surface (imitation cuir, tissus réfléchissants).
Qu’est-ce qu’un textile « imper-respirant » ?
Un textile imper-respirant intègre une membrane (Gore-Tex, Sympatex…) insérée entre le tissu extérieur et la doublure : elle bloque les gouttes de pluie, plus grosses, tout en laissant s’échapper la vapeur d’eau produite par la transpiration, plus fine. Ce principe distingue le textile imper-respirant du simple textile imperméable, qui bloque aussi la transpiration et devient inconfortable à l’usage prolongé.
Les apprêts chimiques restent un maillon décisif de l’ennoblissement textile : ils transforment un tissu brut en produit fini fonctionnel, esthétique et adapté à son usage (confort, sécurité ou performance technique). Qu’elle passe par l’imprégnation, l’enduction, le laminage ou l’ajout d’une membrane, chaque technique répond à un besoin précis, du simple équipement de pluie au vêtement de protection incendie. L’enjeu des prochaines années se déplace toutefois du seul résultat technique vers sa durabilité environnementale : sous la pression réglementaire (sortie progressive des PFAS d’ici 2026-2028) et celle des consommateurs, l’industrie accélère le développement d’apprêts biosourcés, d’alternatives PFC-free et de membranes à empreinte carbone réduite. Les innovations en microencapsulation et en nanotechnologie, portées par des marchés en croissance à deux chiffres, laissent entrevoir des textiles toujours plus intelligents — thermorégulants, antibactériens ou connectés — sans sacrifier ni la santé des utilisateurs, ni celle de la planète.
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