| Mis à jour 09/2026 |
Les apprêts textiles font partie des opérations d’ennoblissement qui modifient l’apparence ou le toucher des tissus et leur apportent des propriétés spécifiques.
Plus précisément, les apprêts mécaniques transforment la surface, le toucher ou l’apparence d’un tissu par l’action thermique ou physique de machines, sans ajouter aucune substance chimique. Le textile devient plus moelleux, plus doux, plus brillant, plus lisse… Pour cela, il passe dans des cylindres chauffants ou non, gravés et recouverts de brosses métalliques ou de papier abrasif.

Les principaux apprêts mécaniques
- L’émerisage confère au tissu un toucher « peau de pêche », doux et velouté. Le tissu passe entre deux cylindres de polissage recouverts de papier émeri (papier à poncer plus ou moins épais selon le grain recherché), qui frottent légèrement la surface et font ressortir un fin duvet de microfibres. Réalisé fréquemment avant la teinture, ce traitement est très utilisé sur les tissus fins en polyester destinés à la lingerie, aux doublures ou au linge de maison.
- Le calandrage donne brillance et souplesse aux étoffes par passage entre deux, voire trois rouleaux chauffés qui pressent et lissent la surface du tissu. Les calandres industrielles, comme le modèle à trois rouleaux Küsters présenté ci-dessus, combinent plusieurs fentes de passage : la fente supérieure produit des effets de gaufrage, tandis que la fente inférieure permet le matage, le cylindrage, le lissage ou l’effet chintz, selon la pression et la température appliquées.
- Le gaufrage et le cloquage donnent du relief aux tissus par passage des étoffes entre deux cylindres en métal gravés en relief conformément au dessin voulu : le motif apparaît en volume sur l’endroit du tissu, et en négatif (en creux) sur l’envers. À la différence du frappage (voir plus bas), qui n’imprime le motif que sur une seule face, le gaufrage utilise deux cylindres gravés du même dessin pour un effet en relief plus marqué et plus régulier.
- Le moirage produit des effets de reflet par écrasement des fils de l’étoffe dans des sens différents, généralement entre deux calandres. Selon l’incidence des rayons lumineux, l’aspect obtenu est miroitant, avec de longues ondulations caractéristiques — un effet traditionnellement recherché sur la soie, le taffetas ou certaines doublures.
- Le grattage et le foulage consistent à arracher les fibres en surface, ou à faire remonter à la surface du tissu des fragments de fils superficiels, à l’aide d’un rouleau garni d’aiguilles métalliques recourbées. Ils modifient l’épaisseur des étoffes et leur donnent du moelleux, en emprisonnant de l’air entre les fibres soulevées. Ces procédés sont appliqués respectivement sur tous les filés défibrés et sur la laine. La polaire, apparue au début des années 1980, est un exemple emblématique de grattage poussé sur les deux faces d’une maille en polyester pour obtenir une surface isolante et duveteuse.
- Le tondage ou le rasage permet de couper, à l’aide de lames souvent hélicoïdales, les fibres flottantes qui dépassent des fils, pour donner au tissu un aspect régulier. Exemple : la suédine subit un tondage après le grattage, afin de couper tous les poils préalablement soulevés à la même hauteur et d’obtenir ce toucher si particulier, proche du daim.
- Le sanforisage allie une action mécanique à celle de la chaleur et de la vapeur pour rendre les tissus irrétrécissables. Il concerne principalement les tissus en fibres naturelles comme le coton, mais s’applique aussi à certains tissus en fibres synthétiques. Le procédé a été inventé en 1930 par l’ingénieur américain Sanford Lockwood Cluett, qui dépose ses brevets fondateurs le 18 avril de la même année : près d’un siècle plus tard, le nom « Sanforized » reste une référence internationale de stabilité dimensionnelle.
- Le frappage : le tissu synthétique passe entre un cylindre lisse et un cylindre gravé qui vient « frapper » et imprimer mécaniquement un motif sur une seule face du tissu — à la différence du gaufrage, qui grave les deux faces. Réservée aux matières synthétiques thermoplastiques, cette technique produit un résultat permanent grâce à la chaleur, qui fige le motif dans la fibre.
- Le froissage : le tissu synthétique est froissé mécaniquement ou manuellement pour lui donner une forme, puis thermofixé afin de stabiliser durablement l’effet obtenu — frippé léger, plis fortement marqués, effet « éclat de verre » ou gonflant, selon la technique utilisée. Le résultat, permanent, est notamment recherché sur les robes de soirée ou les tissus techniques.
- L’encollage consiste à contrecoller deux tissus, ou un tissu avec une autre matière, envers contre envers. Cette union peut se faire par différentes méthodes selon l’application recherchée : la flamme, la poudre thermofusible ou l’enduction d’un adhésif (acrylique, polyuréthane…) sur l’une des faces avant assemblage sous pression. L’encollage permet de réaliser des tissus techniques comme des tissus anti-feu, des tissus pour l’automobile (contre-collage avec mousse) ou des revêtements muraux (tissu contre-collé avec du papier). Pour l’habillement, il est utilisé entre autres pour les sous-vêtements (maintien intérieur des balconnets, dentelles doublées pour un rendu double face). Les accessoires comme les cabas sont réalisés à partir de tissus rigidifiés et plastifiés par ce procédé.
Apprêts mécaniques et apprêts chimiques : quelle différence ?
Les apprêts mécaniques n’ajoutent aucune matière au tissu : ils le transforment par une action purement physique ou thermique (pression, chaleur, abrasion, brossage). Les apprêts chimiques, eux, déposent une substance sur ou dans la fibre (émulsion, dispersion ou suspension) pour modifier ses propriétés : c’est le cas de la teinture, du mercerisage, de l’imperméabilisation ou des traitements antibactériens. Autre différence pratique : la plupart des effets chimiques s’estompent progressivement au lavage, tandis que les apprêts mécaniques comme le sanforisage, le frappage ou le froissage thermofixé, sont conçus pour être durables voire définitifs.
Besoin d'un designer textile freelance ?
Déposez gratuitement votre projet sur Textile Addict,
recevez des devis qualifiés et sélectionnez le freelance idéal.
Questions fréquentes sur les apprêts mécaniques
Qu’est-ce qu’un apprêt mécanique en textile ?
C’est un traitement de finition qui modifie l’aspect, le toucher ou les dimensions d’un tissu par une action physique ou thermique (pression, chaleur, frottement, abrasion) sans ajout de produit chimique.
Quelle est la différence entre le calandrage et le gaufrage ?
Le calandrage lisse et fait briller le tissu par pression entre des cylindres chauffés, sans créer de motif. Le gaufrage, lui, utilise deux cylindres gravés du même dessin pour imprimer un relief tridimensionnel sur les deux faces du tissu.
Qu’est-ce qu’un tissu sanforisé, concrètement ?
C’est un tissu qui a subi le sanforisage, un traitement mécanique et thermique breveté en 1930 par Sanford Cluett, qui pré-rétrécit la matière avant confection : le vêtement fini ne rétrécira (quasiment) plus au lavage.
Quelle est la différence entre le frappage et le gaufrage ?
Le frappage imprime un motif sur une seule face du tissu, entre un cylindre lisse et un cylindre gravé. Le gaufrage utilise deux cylindres gravés pour marquer les deux faces et obtenir un relief plus marqué.
Le froissage est-il un effet permanent ?
Oui, dès lors que le tissu froissé est ensuite thermofixé : la chaleur stabilise durablement les plis, replis ou volumes créés mécaniquement.
Sur quels tissus utilise-t-on l’émerisage ?
Principalement sur des tissus fins en polyester, avant teinture, pour obtenir un toucher « peau de pêche » velouté, utilisé notamment en lingerie, doublure et linge de maison.
Tableau récapitulatif des apprêts mécaniques
| Apprêt | Principe | Effet obtenu | Exemple d’application |
|---|---|---|---|
| Émerisage | Cylindres recouverts de papier émeri | Toucher peau de pêche, velouté | Lingerie, doublures, linge de maison |
| Calandrage | Pressage entre cylindres chauffés | Brillance, souplesse, surface lisse | Popeline, doublures |
| Gaufrage / cloquage | Deux cylindres gravés en relief | Motif en volume sur les deux faces | Tissus décoratifs, similicuir |
| Moirage | Écrasement directionnel entre calandres | Effet ondulé et miroitant | Soie, taffetas, doublures |
| Grattage / foulage | Aiguilles métalliques recourbées | Moelleux, épaisseur, isolation | Polaire, laine, filés défibrés |
| Tondage / rasage | Lames hélicoïdales | Aspect régulier, poils coupés à niveau | Suédine |
| Sanforisage | Compression mécanique, chaleur, vapeur | Stabilité dimensionnelle, anti-retrait | Coton et tissus naturels |
| Frappage | Cylindre lisse + cylindre gravé | Motif imprimé sur une seule face | Synthétiques thermoplastiques |
| Froissage | Froissage mécanique/manuel + thermofixage | Plis, volumes permanents | Robes de soirée, tissus techniques |
| Encollage | Contrecollage par flamme, poudre ou enduction | Assemblage de deux matières | Tissus anti-feu, automobile, sous-vêtements |
Les apprêts mécaniques forment une famille de traitements aussi variés qu’ingénieux : sans ajouter la moindre substance chimique, ils transforment en profondeur l’aspect, le toucher et la tenue d’un tissu par la seule combinaison de la chaleur, de la pression et du frottement. Du sanforisage centenaire de Sanford Cluett aux techniques plus contemporaines comme le frappage ou le froissage thermofixé, ces procédés continuent d’évoluer avec l’industrie textile, portés par un marché mondial des machines de finition en croissance de plus de 6 % par an.
A lire :










