Le débardeur, quand Marcel fait son show

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Débardeur DeTOUJOURS, Marseille, 2019 © Sugar. Photo ©Mucem – Marianne Kuhn // Jacques Henri Lartigue, Renée Perle. 1930, Juan-les-Pins ©Ministère de la Culture (France), MAP-AAJHL

 

 

Quand on évoque le prénom de Marcel, on pense littérature avec Pagnol, Cerdan pour le côté sportif ou people avec le fils de Guillaume Canet et Marion Cotillard. Très rarement association est faite avec Marcel Eisenberg qui n’est pourtant pas un illustre inconnu. Il endosse la paternité du débardeur, rebaptisé en son honneur de son simple prénom. Le « marcel », un vêtement libérateur des corps, voire un objet de fantasme pour certain(e)s !

 

 

Du pull au débardeur

C’est dans le milieu hostile des Halles de Paris que le débardeur aurait fait son apparition sur le dos des dockers dès la fin du 19 ème. Confrontés aux rudesses du climat, ils revêtent ce qui est alors l’ancêtre du débardeur, un tricot de peau à manches longues, dont la maille, particulièrement absorbante, épouse les formes du corps. Jugé par certains comme trop étriqué, un coup de ciseau dans les manches aura finalement raison de la libération leurs bras. Sous le charme, Marcel Eisenberg, alors visionnaire et propriétaire d’une bonneterie à Roanne, décide de commercialiser le vêtement mythique sous cette nouvelle apparence. Il va rencontrer immédiatement le succès faisant de la ville de Roanne le fleuron mondial du débardeur. Un patrimoine et un savoir-faire transmis de générations en générations, encore exploité ce jour dans la région (Les Tricots Marcel).

En respectant les mêmes critères fonctionnels et hygiéniques, le vêtement de métier changera de statut au fil des ans. D’abord sous vêtement chaud, il deviendra indissociable de tout métier physique. Ouvriers ou agriculteurs le portent sous leur chemise, les poilus l’embarquent dans leur paquetage de guerre, il restera longtemps typiquement masculin avant de devenir une pièce avant-gardiste unisexe.

 

 

Au 20 ème siècle, le débardeur comme arme massive de séduction

Les congés payés accélèrent la pratique du sport, le design des vêtements s’adapte à ces nouvelles activités. Inspirés du débardeur, la marque américaine Jantzen produit des costumes de bain tissés, Elsa Schiaparelli relooke les baigneurs de la Riviera. Jean Patou va encore plus loin en dessinant le vêtement de tennis sans manches, adoubé par Suzanne Lenglen. Dans un nouveau courant de mode garçonne, il brouille les codes du masculin, féminin, faisant du débardeur un symbole de modernité. La révolution est en route !

Mais c’est bien le cinéma et ses « gueules » qui propulsent le débardeur sur le devant de la scène. La puissance physique Marlon Brando, la virilité James Dean dans les années 50 crèvent l’écran. Moulés tous 2 dans des modèles en coton blanc, ils exposent fièrement leurs corps parfaits. Les femmes succombent, les hommes les envient, les imitent ! Quête d’une nouvelle identité ou d’une plus grande liberté de mouvement, les prémices de cette nudité naissante font des adeptes dans le monde entier.

 

 

Une pièce pour tous, en toute occasion

Porté indifféremment dessus ou dessous, par les hommes, les femmes ou les enfants, en extérieur comme en extérieur, la diversité de ses déclinaisons l’impose comme un modèle inspirant dans tous les segments de la mode. De par sa technique, sa coupe, sa sobriété de base, le débardeur emprunte tour à tour le style casual, sporty, rock, glamour, décontracté ou chic. 

L’enseigne française de prêt à porter Petit Bateau qui habille plutôt les enfants depuis 1920, se transforme en marque mixte transgénérationnelle. Aucun vêtement n’est spécifiquement créé pour l’adulte, mais les modèles des petits se déclinent aussi pour les grands, une stratégie payante qui profitera du courant minimaliste des années 90.

Les maisons de luxe n’hésitent pas à l’ennoblir pour le transformer un haut de soirée raffiné; strass pour Chanel, guipure chez Saint Laurent ou sequins chez Dior, et comme revendiqué sur leurs débardeurs à message… en Dior, on adore !

 

 

Aujourd’hui le débardeur endosse fièrement ses origines françaises. Lemahieu, bonnetier depuis 1947, se voit doublement labellisée – Origine France Garantie (OFG) et Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) – en récompense d’un savoir-faire artisanal et industriel. Une autre marque plus jeune, Le slip français (2011) se distingue par l’emploi de ressources locales et son impact social positif… En résumé, le cycle de vie du débardeur est un éternel recommencement, qui laisse largement la place à chacun de se situer. Entre le débardeur noir de Sylvester Stallone dans Rocky 3 et celui en résille designé par Isabel Marant, il n’y a finalement qu’un marcel en commun.

 

 

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.

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