Qu’est ce qui nous fait tous courir après le jogging ?

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Jogging, pantalon « Essentiel » © Le Coq Sportif. Photo © Mucem – Marianne Kuhn // Publicité « La Foule vue aux rayons X ». L’Illustration, 27 janvier 1912. Estampe © Coll. Musée de la chemiserie et de l’élégance masculine, Argenton-sur-Creuse

 

Le jogging n’a pas fait que des adeptes durant sa longue existence. Karl Lagerfeld affirmait en 2011 que : « « Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging » »… nous voilà, tous rhabillés pour l’hiver !  Pourtant, tour à tour porté par l’élite sportive, puis effectivement associé à la tenue négligée des dimanches, le bas en molleton a su se faire une place de choix dans la culture et la mode streetwear, mais pas seulement…

 

 

Uniforme d’une population au physique sain

 

Même si depuis le début des années 2 000 on lui préfère le terme de running jugé plus moderne, le jogging demeure associé à l’action de courir. L’étymologie du mot anglo-saxon tire ses origines du verbe « to jog » remuer, sautiller, une activité bien connue de tous les sportifs, qui par extension, a fini par donner son nom à la tenue utilisée pour la pratiquer. 

Encore confidentiel au début du 20ème siècle,  c’est Outre-Manche qu’on le voit apparaitre en tant qu’uniforme d’équipes sportives universitaires, témoin visuel de l’unité du groupe. Composé de 2 pièces, un sweat et un bas souple en molleton resserré aux chevilles, les étudiants l’enfilent en surtenue sur des shorts et des maillots, avant et après l’effort. A partir des années 30, les athlètes de haut niveau se l’approprient. Conscients de leurs propriétés calorifiques, les champions l’utilisent pour réchauffer leurs muscles et tentent ainsi d’améliorer leurs performances techniques. 

En Europe, la médiatisation des Jeux Olympiques de Berlin en 1936 marque un tournant dans l’histoire du jogging. Chaque nation prend conscience de la fonction toute aussi pratique qu’identitaire du vêtement, avec l’apparition de marquages apposés sur le torse. Le fondateur de la marque Le Coq Sportif sera le premier à le commercialiser en France, mais le succès rencontré auprès de la petite bourgeoisie sportive sera vite freiné par le début de la deuxième guerre mondiale. 

 

 

Le jogging devient lifestyle à partir des années 60 

 

Ample pour favoriser les mouvements, sans boutons ni fermetures, le bas de jogging s’enfile. On y décèle déjà une tendance avant-gardiste du vêtement contemporain où tout doit s’effectuer rapidement. Visionnaire aussi dans le style. La taille élastiquée s’adapte à toutes les morphologies, ce qui lui vaut de se classer dans la catégorie des inclassables, celle des vêtements androgynes.

En molleton ou en jersey, il ne cessera de bénéficier des évolutions techniques du textile. Avec l’apparition de fibres synthétiques (l’élasthanne ou le  lycra), de matières plus respirantes ou plus intelligentes (fashiontech), les designers vont profiter d’une révolution technologique pour le revisiter sans cesse et livrer des passerelles innovantes entre la mode et le sport.

Mais l’heure de gloire du jogging débute réellement dans les années 60, période durant laquelle la population entre dans une société de loisirs et de consommation. Des équipementiers comme Adidas profitent du boom technologique de ces nouvelles matières pour le produire en masse et le commercialiser à tarifs abordables. Sorti du cercle exclusif du sport, il fait son entrée dans le dressing du quotidien pour satisfaire celui ou celle, en quête de tenues confortables. Il atteint son apogée dans les années 70 avec le succès du fitness, marque également les années 80 en devenant l’uniforme de la culture hip hop et la tenue préférée des danseurs de breakdance.

 

 

 

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Quid du jogging de nos jours ?

 

Le succès du jogging n’a plus de frontières. Ni genrées, ni sociales, ni géographiques. Les équipementiers historiques comme Adidas, Nike, Puma ou Reebok multiplient les collabs ou collections capsules avec les sportifs, chanteurs ou people. Leur cible ? La génération des Millénials, en demande de vêtements à forte identité, reflet d’un style ou d’une philosophie de vie. Les griffes Haute couture comme Vuitton, Chloé ou Burberry le hissent sur le red carpet où il se mue en pantalon « So Chic ». Les marques de prêt à porter, incluent systématiquement un jogging dans leurs collections quand elles ne construisent pas leur concept autour de lui, comme Sweet-Pants qui en a fait le produit phare de sa gamme. 

 

 

Bien dosée, la stratégie du jogging embarque tout le monde dans son sillage. Produit technique pour certains, lifestyle pour d’autres, il s’est à tel point démocratisé qu’on peut même l’enfiler sans être sportif. Et sans culpabilité aucune de ne pas l’être. Que du bonheur !  

 

 

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.
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