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Bleu de travail. LAFONT. 2019. Coton moleskine, CEPOVETT Group, Gleizé, Villefranche-sur-Saône © LAFONT. Photo © Mucem – Marianne Kuhn // Raymond Depardon. Marcel Privat, série Profils paysans. La Vie moderne. 2007, Le Villaret, Lozère. Tirage C-print © Raymond Depardon – Magnum Photos

 

 

Présent dans toutes les usines dès le 19 ème siècle, c’est sur les podiums qu’on le retrouve 2 siècles plus tard, non sans avoir subi quelques transformations. D’abord imposé à tous, il s’achète aujourd’hui de manière délibérée et se retrouve en bonne place dans les dressings masculins ou féminins, vedette de la tendance Gender Fluid. Mais quels sont les secrets du vêtement de travail pour avoir su emprunter un tel ascenseur social ?

 

Les origines du bleu de travail, du nom de la couleur à celui de vêtement

Autrefois instauré en tant qu’uniforme dans de nombreuses manufactures, le bleu de travail n’avait pour seule fonction que de protéger le salarié durant l’accomplissement de son métier manuel. Acheté par les ouvriers sur leurs propres deniers, il ne sera financé par les employeurs qu’au terme de longues négociations et revendications salariales. Certes fonctionnel, le code couleur ne fait pourtant pas l’unanimité auprès des ouvriers car stigmatise, dès le premier coup d’œil les différences sociales : les cols bleus d’un côte (les ouvriers), les cols blancs de l’autre (le patronat).

La nuance si particulière de bleu, bleu de Prusse, symbolise à tel point le vêtement de travail, qu’il a fini par céder son nom à la grande famille des vêtements de métiers. Au début, l’utilisation massive de cette teinte n’a rien d’une lubie stylistique mais s’attache plutôt à des contraintes économiques : le faible coût des pigments nécessaires à cette couleur aura raison d’un choix qui se révèlera historique.

 

Le bleu de travail, évolution de style

Les fabricants de vêtements de travail comme Duthilleul et Minart (1859) ou Lafont (l’inventeur de la salopette 1844) trouveront dans ce créneau, une activité très florissante. En perpétuelle évolution dans le monde du travail, le design du bleu de travail s’est considérablement adapté aux différentes activités professionnelles depuis les premiers modèles. Initialement assez basique, la simple blouse ceinturée, s’est muée en veste moleskine multipoches. La matière, une toile de coton au tissage particulièrement serré, garantissait robustesse et solidité. Le pantalon ne viendra compléter que plus tard la panoplie parfaite de l’ouvrier ; la tenue atteindra son apogée à l’adoption de la combinaison ou salopette (cote intégrale ou à bretelles). Le terme générique de « bleu de travail » désignera dès lors, l’ensemble de ces pièces, et non un modèle isolé de vêtement.

 

De la tenue professionnelle à la tenue urbaine

Le stylisme épuré du bleu de travail, sa praticité et sa robustesse en font un vêtement que l’on porte au quotidien dès l’après première guerre mondiale. En préambule aux années folles, dès 1919, le mouvement Bauhaus plébiscite l’abolition des frontières, l’esthétique industrielle apparait. Nait alors un nouveau langage vestimentaire, un courant novateur axé sur des pièces simples, usuelles et confortables pour tout homme moderne, une mode également encouragée par de nombreux artistes futuristes italiens.

Il devient objet de revendication durant la révolution de Mai 1968, porté fièrement par les étudiants grévistes sur les barricades, et brouille ainsi les codes de toute appartenance sociale. Le bleu de travail se fait une place dans la rue.

 

Prêt à porter et haute couture

Les grands noms de la mode s’en emparent rapidement. Dans le prêt à porter ou la haute couture, le bleu de travail gagne ses lettres de vêtement modèle, dès lors qu’il est réinterprété par les plus grands. Saint Laurent s’en inspire dès 1968 avec la combipantalon, Marithé et François Girbaud lui emboitent le pas dans les 70’s en revisitant les salopettes Lafont (dont Coluche sera le plus célèbre ambassadeur), Agnes B. en fera son vêtement iconique

L’appétence pour le genre ne semble pas diminuer car chaque fashionweek réserve son lot de salopettes ou vêtements de travail ! En cristal brodé chez Armani, tout cuir chez Hermès, en lamé or chez JP Gaultier qui a même choisi de faire ses adieux à la haute couture vêtu du bleu intégral …on est bien loin des vestes ouvrières en moleskine !

 

 

Depuis quelques années, la tendance du « consommer local » remet à l’honneur les marques historiques françaises, héritage du workwear. Le Mont Saint Michel fondée en 1913 ou Vetra 1927 perpétuent la saga familiale, de la collab de Dolmen (1922) et Sakina M’S résulte une version éthique composée de patchwork social. Les stylistes continuent à puiser dans les formes et les coupes du bleu de travail en modernisant chaque pièce mais en conservant les ingrédients de la recette qui en ont fait son succès, la durabilité, le confort et l’esthétisme.

 

WORKWEAR : Les vêtements de travail sont à nouveau tendance

 

 

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