Le denim

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À l’origine de chaque jean que nous portons, il y a avant tout un tissu emblématique : le denim. La légende raconte que cette célèbre toile de coton aurait été inventée à Nîmes, comme en témoigne son nom. En réalité, les choses sont plus nuancées, même si le denim a bel et bien des racines françaises… Entre histoire et technique, retraçons son itinéraire.

 

 

Qu’est-ce que le denim ?

 

La technique

Le denim est une étoffe de coton utilisée pour la confection de vêtements (jeans, blousons, jupes, vestes, salopettes, chemises…) Ce textile appartient à la famille des armures sergé : il se distingue par sa souplesse et sa solidité dûes à son tissage serré. La toile denim est facilement reconnaissable à son motif, de fines lignes diagonales caractéristiques de ses côtes obliques. Il existe différents types de denim, identifiables selon l’orientation des diagonales (sergé de côte Z, sergé de côte Z, broken twill…) Plusieurs griffes de jeans (Lee, Wrangler…) en ont d’ailleurs fait leur marque de fabrique.

Côté qualité, certains détails de fabrication ont leur importance : le denim haut de gamme privilégie l’utilisation de fils torsadés ininterrompus (“ring spun denim”) plutôt que de fils à fibres libérées (“open end denim”) ainsi que les toiles à liseré (denim selvedge) produites sur des métiers à tisser d’ancienne génération.

 

L’armure sergé

 

 

Les caractéristiques

Aujourd’hui, la toile denim se décline en bleu, en blanc, en noir ou en couleur, mais la teinture la plus courante reste le bleu indigo. Cette teinture est en principe réservée aux fils de chaîne, alors que les fils de trame sont clairs (écrus ou blancs). Cette particularité confère au denim traditionnel son aspect légèrement chiné, bleu sur l’endroit et blanc sur l’envers.

Le denim est apprécié pour sa capacité à se délaver et s’assouplir à l’usage, au fil des lavages. À partir d’un denim brut, cette décoloration du fil en surface s’obtient progressivement. Mais cette “patine” est si prisée que les fabricants de jeans accélérent ce processus mécanique de vieillissement. Depuis les années 1980, la majorité des produits en denim sont “pré-usés” de manière artificielle. Stone wash, acid wash, abrasion, sablage… à chacun sa méthode pour donner un petit supplément d’âme à nos jeans ! Avant leur commercialisation, la plupart des produits en denim sont lavés et séchés plusieurs fois pour stabiliser leur couleur.

Le petit inconvénient de la toile denim est sa tendance à rétrécir au lavage, c’est pourquoi elle nécessite un traitement particulier : le sanforisage, un apprêt mécanique appliqué avant découpe du tissu.

 

 

Le parcours du denim, de la France aux États-Unis

 

Le sergé de Nîmes, un tissu de bergers cévenols

L’histoire du denim aurait débuté au XVIe siècle, au coeur des Cévennes. À l’époque, les troupeaux de moutons sont nombreux dans la région, tout comme les magnaneries. Puisant dans les matières premières locales, les tisserands inventent un tissu de première nécessité destiné à confectionner les vêtements de travail des bergers et paysans cévenols. Cette “futaine” de laine et de soie est aussi solide que facile à raccommoder ! Produite aux alentours de Nîmes et plus globalement dans tout le Languedoc, la toile de sergé tissée beige prend rapidement le nom de “sergé de Nîmes“. Elle se caractérise par son armure composée de fils de trame et de chaîne dessinant de fines côtes obliques.

 

Nîmes, berceau du denim

L’histoire de Nîmes est liée à celle des étoffes depuis la Renaissance. Au XVIIe siècle, la ville devient un important bassin de production et de négoce de textiles. On y fabrique du sergé de Nîmes, mais aussi d’autres types de “futaines” composées de coton associé à du lin ou de la laine. L’industrie textile est en plein essor et cherche peu à peu à se diversifier. Au XVIIIe siècle, une idée germe dans l’esprit des fabricants de textile nîmois : fabriquer une toile de coton souple, solide et économique, destinée à confectionner des vêtements de travail. C’est ainsi qu’apparaît l’ancêtre du denim : une version “tout coton” et bon marché du sergé de Nîmes, qui conserve son armure originelle. Le Musée du Vieux Nîmes abrite d’ailleurs l’une des vestes en jean les plus vintage qui soient : un casaquin en toile denim daté du XVIIIe siècle !

 

La fusion du jean et du denim aurait eu lieu… en Angleterre !

En parallèle, dès le XVIe siècle, l’Italie du Nord produit massivement une toile de lin et coton de couleur bleue, teintée à coeur à l’indigo ou au pastel des teinturiers. Cette futaine résistante est initialement utilisée pour confectionner les vêtements des marins génois ; elle s’exporte en France et même jusqu’en en Angleterre. Comme le veut la tradition marchande, à son arrivée à Londres, la toile venue de Gênes prend le nom de son port d’origine : “Jeane” ou “jean” (c’est-à-dire “Gênes” prononcé et écrit à l’anglaise…) Peu à peu, l’Angleterre décide de produire elle-même ses propres futaines. Au XVIIIe siècle, dans les nombreuses manufactures de la région de Manchester, on produit tout d’abord de grandes quantités de toile de jean. Le denim n’y apparaît qu’à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, probablement inspiré par la technique de tissage du sergé de Nîmes, déjà connue des fabricants anglais.

Le denim actuel est donc un hybride entre “jean” génois et sergé de Nîmes, qui étaient au départ deux textiles bien distincts. Comme pour la plupart des textiles, son évolution a été influencée par les échanges commerciaux et la transmission de savoir-faire entre différents pays : la France, l’Italie et l’Angleterre…

 

Les USA, tremplin du jean denim

Au début du XIXe siècle, la conquête de l’Ouest bat son plein aux États-Unis. C’est aussi le début de la ruée vers l’or et la culture du coton est en plein développement en Amérique du Nord… Les États-Unis importent déjà depuis longtemps du jean et du denim d’Angleterre, déclinés à l’époque en bleu indigo (pour le jean) et en brun (pour la toile denim). Les deux textiles s’imposent naturellement en tant que matériaux de choix pour la confection de pantalons de travail robustes portés par les cowboys et les mineurs. À la veille de la Guerre de Sécession, les États-Unis créent à leur tour leurs propres filatures et sont désormais capables d’assurer la production de différents textiles, du champ de coton au produit fini. Au milieu du XIXe siècle, le denim adopte la traditionnelle couleur chinée bleue et blanc que nous connaissons aujourd’hui.

 

Une success story mondiale débutée en Californie

En 1847, un certain Levi Strauss émigre aux États-Unis et fonde une entreprise de vente de textiles en Californie. 25 ans plus tard, le grossiste en tissus est enthousiasmé par le projet de l’un de ses clients, le tailleur Jacob Davis, et s’associe avec lui. En 1873, les partenaires déposent le brevet d’un vêtement de travail devenu iconique : le premier jean avec poches et rivets est plus solide que ses prédécesseurs, il est en denim et il est bleu… Le Levi’s 501 naît moins de 20 ans plus tard, puis d’autres fabricants se lancent dans l’aventure du jean. La suite, nous la connaissons tous !

 

Le retour aux sources du denim

Après avoir voyagé dans le monde entier, il se pourrait bien que l’enfant prodigue fasse bientôt son retour à Nîmes. Sous l’impulsion d’une jeune entreprise locale ayant pour objectif de produire une toile 100 % française, d’anciens métiers à tisser y ont repris du service depuis peu, créant à nouveau des longueurs de denim venu de Nîmes… Affaire à suivre !

 

 

 

A lire :

Denim : les dernières innovations

 

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.

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