Cuir marin ou cuir de poisson : quelles sont les dernières nouveautés ?

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©ictyos

 

Le cuir de poisson, alias « cuir marin », intrigue et séduit. Produit luxueux et pourtant 100 % récup’, il se pose d’ores et déjà comme une alternative au cuir conventionnel.

Mais ce n’est pas tout : dans son sillage, de nouvelles idées d’applications textiles font surface. La science veut aller plus loin grâce à d’autres déchets de l’industrie de la pêche qu’elle compte bien transformer en matières durables. On vous explique tout.

 

 

Cuir marin : cap vers de nouvelles opportunités

 

Derrière le précieux cuir marin se cache en réalité un vieux loup de mer de l’upcycling. Ce produit à très forte valeur ajoutée prouve que l’on a tout à gagner en valorisant nos déchets ! Car une fois tannée, la peau de poisson fait oublier ses origines modestes. Sa souplesse, sa finesse et sa solidité en font un cuir haut de gamme, qui répond parfaitement aux exigences de la mode durable. Une reconversion plutôt réussie pour une ancienne coutume de pêcheurs…

Après avoir redécouvert les techniques traditionnelles de cet artisanat presque oublié, les fabricants ont gardé le concept mais changé la « manière de faire ». Aujourd’hui, ils réinventent la tannerie de poisson, la rendant au passage encore plus écoresponsable et plus éthique.

 

 

  • Inversa, le cuir de rascasse à la rescousse des récifs coralliens

 

Quelles solutions pour préserver la biodiversité des fonds marins ? Dans les eaux du Golfe du Mexique et des Caraïbes, la question était devenue épineuse il y a une vingtaine d’années. Aussi épineuse que la rascasse volante, une espèce invasive introduite accidentellement par l’Homme. Ce prédateur menaçait la faune des récifs coralliens jusqu’à ce qu’une startup américaine ne décide d’apporter sa propre réponse au problème. Pour rétablir l’équilibre écologique de ces zones sensibles, Inversa s’est lancée dans le tannage des peaux de rascasse volante.

Aujourd’hui, l’entreprise s’approvisionne auprès de pêcheurs locaux et projette de créer des coopératives de pêche équitable. Son activité est centrée sur la régulation d’espèces « inopportunes » qui nuisent à leur environnement. Inversa fabrique également d’autres types de cuirs destinés à régénérer des écosystèmes fragilisés. Outre le cuir de rascasse, la gamme « Invasive Leathers » compte aussi un cuir marin issu de Dragonfin, un poisson d’eau douce très envahissant, ainsi qu’un cuir de python birman.

 

 

  • Nova Kaeru, cuir marin et écolo venu d’Amazonie

 

En Amazonie, il existe un poisson géant dont la peau résiste aux morsures de piranha. Le Pirarucu (aussi appelé païche ou Arapaïma gigas) peut atteindre 4 mètres de long pour un poids de 300 kg ! Prisé pour sa chair savoureuse, ce mastodonte a longtemps été pêché par les communautés autochtones. L’espèce frisait l’extinction lorsque Global Green, une entreprise brésilienne spécialisée dans les matériaux durables, a décidé de reprendre les choses en main.

10 ans plus tard, un programme de pêche raisonnée a permis d’inverser le processus. Le Pirarucu foisonne à nouveau dans le fleuve Amazone et les populations locales continuent de le pêcher, mais elles en tirent désormais des revenus décents. Les peaux de poisson, elles, ne finissent plus au rebut. Elles sont revalorisées et intègrent la gamme Nova Kaeru de Global Green, qui compte aussi un cuir de plante tropicale (BeLeaf, du cuir d’Alocasia) et du cuir de saumon.

 

 

  • Ictyos, du déchet alimentaire au produit de luxe made in France

 

La tannerie de cuir marin a le vent en poupe, y compris en France. Sur le territoire, le cuir de poisson vise toujours le haut de gamme, mais en douceur pour respecter l’environnement !

À Lyon, les fondateurs d’Ictyos sont portés par leur volonté de travailler de façon vertueuse, de l’approvisionnement au produit fini. 3 années de recherche et développement ont permis de trouver des partenaires locaux dans la filière agroalimentaire et de développer un processus de fabrication exclusif basé sur un tannage végétal.

L’univers d’Ictyos révèle le cuir marin dans toute sa diversité. L’esturgeon, la truite, le saumon, la carpe, la dombe, et plus récemment le silure s’y déclinent en couleurs, se démarquant d’autres types de cuirs exotiques par leur grain unique. Très inventive, la tannerie propose de multiples possibilités de finitions pour ses gammes de cuir de poisson, et même des services « à la carte » (teinture personnalisée, cuir parfumé, dorure à la feuille d’or ou impression de motifs).

 

 

 

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Cuir marin, le déclic vers de nouvelles applications ?

 

Une bonne idée en entraîne souvent d’autres… La nouveauté, c’est que le cuir marin – ou plutôt les déchets de poisson – inspire les chercheurs et les ingénieurs de l’industrie textile. La science étudie le potentiel de cette montagne de ressources inutilisées, dans le but de créer des matériaux durables. Quelles sont les pistes actuelles ?

 

 

  • Du nylon à partir des déchets de transformation du poisson

 

L’acide adipique est utilisé dans l’industrie pour synthétiser les polyamides (PA). Ce précurseur du nylon issu de la pétrochimie entre aussi dans la composition de certains additifs alimentaires et matériaux synthétiques contenant du polyuréthane.

En Ecosse, une équipe de chercheurs en biotechnologie est récemment parvenue à extraire les composants gras des déchets de poisson (grâce à des enzymes biologiques), puis à transformer ces composants en acide adipique biosourcé, en faisant intervenir des bactéries génétiquement modifiées. Cette première mondiale pourrait, à terme, permettre de produire des matériaux biosynthétiques en valorisant un co-produit de l’industrie alimentaire.

 

 

  • Des plastiques plus propres issus de déchets de poisson

 

Pour l’Université Memorial de Terre-Neuve, l’avenir du plastique est peut-être dans le saumon… On cherche même à obtenir un polyuréthane écoresponsable à partir de têtes, arêtes et viscères de salmonidés.

Très polyvalent mais souvent pointé du doigt, le polyuréthane classique est une matière plastique ultra-courante. C’est aussi l’antithèse d’un produit écolo puisqu’il nuit à l’environnement tout au long de son processus de fabrication. Issu de ressources non renouvelables (pétrole brut) et toxiques (gaz phosgène), sa synthèse génère des substances irritantes pour le système respiratoire. Il est également non-biodégradable et potentiellement cancérigène en fin de vie.

Plusieurs expériences ont donc été menées pour trouver une alternative biosourcée au polyuréthane conventionnel. Après avoir réussi à transformer des déchets (huile de poisson) en un nouveau matériau polymère, les chercheurs canadiens se sont penchés sur la biodégradabilité du plastique obtenu. Leurs résultats sont très encourageants : ce biomatériau semble avoir la capacité de se décomposer facilement dans l’eau, et encore plus vite sous l’effet d’une enzyme. Ils réfléchissent désormais aux possibilités d’application de ce plastique vert qui pourrait servir à fabriquer des emballages et des fibres textiles.

 

Après le cuir conventionnel, le simili cuir et le cuir vegan, le cuir marin a ouvert une nouvelle voie dans un secteur où il est de plus en plus difficile de faire l’unanimité.

En parallèle, sa hausse de popularité semble avoir entraîné une réflexion plus globale sur l’utilisation des déchets de l’industrie de la pêche. Il faut vraisemblablement s’attendre à ce que de nouvelles matières textiles émergent bientôt des fonds marins…

 

 

 

À lire :

Le cuir de poisson

Biofabrication : quelles sont les dernières innovations ?

Les biomatériaux

 

Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.
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