Sous-vêtement : comment est utilisé le ruban de lingerie ?

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Jarretière – Dentelle, ruban, organza – Chantal Thomass, Paris, 21e siècle – Collection particulière © Hubert Genouilhac – PhotUp Design // Coup de foudre – Guêpière en dentelles et jeux de tresses – Chantal Thomass, Paris, vers 2019 © Hubert Genouilhac – PhotUp Design

 

Inutile de scruter les collections contemporaines de vêtements à la recherche du précieux bout d’étoffe, le ruban se dissimule de nos jours, plus volontiers dessous que dessus. A vocation décorative ou utilitaire, en fibre naturelle ou synthétique, uni ou imprimé, la lingerie est devenue son refuge de prédilection ! Pour relater son évolution, il faut avant tout s’intéresser à une industrie de haute technicité, particulièrement présente dans la Loire à partir du 18 ème siècle. Il faut aussi rendre compte, selon les périodes, de ses différentes fonctions techniques, esthétiques ou symboliques, non sans faire un focus sur les changements liés à la valorisation des corps.

D’ornement social à fioriture de fantasme, le destin du ruban est étroitement lié à l’émancipation de la femme dans la société moderne ainsi qu’aux changements de perception de la féminité. Mais comment le ruban est-il devenu le meilleur allié à notre quête de liberté ?

 

 

Sur les traces du ruban

La rubanerie s’est transformée en même temps que l’histoire du sous-vêtement et n’a eu de cesse de se réinventer au fil des siècles selon les usages et les besoins de l’être humain. 

Déjà présents dans les civilisations antiques, les rubans serrent alors les tailles, décorent les cheveux ou ornent les drapés des grecs ou des romains. Jusqu’à la Renaissance, à défaut de pouvoir changer souvent de tenue, il est considéré comme un accessoire de mode que l’on remplace au gré de ses envies en fonction de son appartenance sociale. 

L’année 1722 marque un tournant dans la fabrication du ruban, particulièrement celui en soie qui connaît son apogée dans la région de Saint Etienne avec l’arrivée des métiers mécaniques. L’utilisation du métier Jacquard sera rapidement transposée à celle du ruban, occasionnant un élargissement de la gamme et de ses usages. Mais c’est bien l’émergence de l’hygiène moderne au 19 ème siècle qui va démocratiser l’utilisation du linge de corps et contribuer à dynamiser la rubanerie de lingerie. 

 

 

Des rubans de lingerie destinés aux pièces du buste

Les canons de beauté de l’époque imposent que le linge de corps sculpte le corps des femmes. Saucissonnées dans leur corset jusqu’à suffocation, la taille se veut de guêpe, le ruban s’impose comme élément structurel, technique et décoratif du corset : la lingerie contraint les corps dans leur chair jusqu’à entraver toute liberté de mouvements. On se doit d’être belle… et souffrir en silence.

Herminie Cadolle sera la première à imaginer en 1889 l’ancêtre du soutien-gorge avec le « corselet gorge ». Nouvelle alternative au maintien de la poitrine par les épaules, elle scinde le corset de manière à créer 2 pièces indépendantes. Définitivement libérées du carcan de leur corset par Paul Poiret, les femmes auront le bonheur de découvrir le soutien-gorge à deux bonnets dans les années folles.

L’évolution de la mode au cours du 20 ème et 21 ème siècle fait apparaitre de nouvelles pièces plus confortables, plus raffinées et adaptées à toute problématique (séduction, maintien, pratique sportive). Les grandes maisons de lingerie française comme Aubade, Playtex ou Eminence rivalisent d’esthétisme et de savoir-faire, le ruban s’affirme sous toutes les formes. Avec style, il se décline en petits nœuds satin, se glisse sensuellement dans les œillets, s’invite de manière impudique au niveau des bretelles ou se marie avec l’élastique pour un parfait ajustement. Les corbeilles, ampliformes ou balconnets maintiennent, embellissent, dévoilent ou supportent les poitrines, mais qu’importe la forme du soutien-gorge, le mot d’ordre demeure avant tout le confort. Certains nostalgiques, considérant le corset comme pièce mythique de la lingerie féminine, n’hésitent pourtant pas à le remettre à l’honneur régulièrement dans leurs collections, n’est-ce pas Jean Paul ? (Gautier).

 

Corset avec jarretelles – Marque « Lafayette – modèle Espécé », vers 1920 Collection Nuits de Satin, © Nuits de Satin // Soutien-gorge « LA.15 » Ruban et tulle brodée – Lise Charmel, 2010 – Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne © Hubert Genouilhac – PhotUp Design

 

 

Des rubans de lingerie pour les fesses et les jambes

 

Gaines, culottes et boxers pour postérieurs épanouis

Clap de fin pour le pantalon fendu porté au 19 ème, place à la gaine dès le début du 20ème ! Cette pièce qui fera le succès commercial des marques Scandale ou Chantelle maintient le bassin, propose à la silhouette féminine une contention plus souple, améliorée dès 1959 avec l’apparition du lycra. Même si la culotte gainante ou « ventre-plat » poursuit sa carrière, la taille de la culotte féminine ne cesse de rétrécir avec les années (culotte, slip, tanga ou string). Aurons-nous dans l’avenir encore la place d’ornementer d’un ruban notre cache sexe ?

Côté masculin, la société Cheynet brevète en 1975 un procédé de tissage de rubans sur métier Muller Jacquard où des inscriptions sont tissées sur une face, sans fil apparent de l’autre. La bonneterie masculine fera de cette partie ceinturée en élasthanne, un emplacement de choix pour apposer les logos des marques (Calvin Klein, Eminence ou encore Dim).

 

Carte de rubans pour hausses de slip Cheynet et Fils, Saint-Just-Malmont, vers 1990 Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne
© Hubert Genouilhac – PhotUp Design 20 // Boxer Pull in, 2019 Ruban Berthéas © Hubert Genouilhac – PhotUp Design

 

 

Rubans sexy dédiés aux bas

Initialement pièce mixte de l’underwear, les hommes abandonnent les bas au profit du pantalon juste après la Révolution Française. Seules les femmes continuent à les porter, d’abord en laine avant de succomber aux bas de soie maintenus par des jarretières de même matière. Le ruban remplit sa fonction de maintien, il retient le bas pour lui éviter de glisser sans pour autant comprimer la jambe, mais devient aussi accessoire de séduction propice à l’érotisation de la jambe.

La jarretière élastique apparait dans les années 1930, les matières des bas évoluent. En fils d’Ecosse puis en nylon dès les années 1950, les jarretelles, jadis attachées au corset ou jarretières, s’effacent peu à peu, détrônées par la guêpière de Rochas (1946), puis par les collants dans les années 60, avant le succès des bas auto-fixants (Dim-Up commercialisés dès 1986).

 

 

Bonne nuit en rubans

Jusqu’à la fin du 19e siècle, la chemise de nuit se veut simple. Dans son design. Dans sa matière. Longue, informe et couvrante, toujours avec des manches, elle ne dévoile que très peu du corps. L’évolution du raffinement de la lingerie va contribuer à rendre plus sexy le linge de nuit qui ne tarde pas à succomber à son tour aux dentelles et rubans. Sous l’influence des Pin-up des années 50, la nuisette voit le jour. La chemise de nuit raccourcit, les épaules se dénudent, nuisettes, liquettes et déshabillés subliment les corps et deviennent arme de séduction. 

 

 

Chemise de jour – Tulle de coton brodé de soutache avec des rubans satin Vers 1880-1910 © Cité de la dentelle et de la Mode, Calais / F. Collier. 9 // Chemise de nuit brodée avec des rubans – Vue de détails – Christian Dior, 1970 – Collection Cité de la dentelle et de la mode, Calais Photo : © A. Artélésa

 

 

Evolution de l’industrie rubanière, du confortable au médical

Les entreprises stéphanoises réputées pour la qualité de leur passementerie ont contribué à libérer les mouvements et améliorer le confort, mais s’illustrent aussi depuis plus de 2 siècles dans le domaine médical. Dès 1935, la ceinture lombaire tubulaire du Dr Gibaud maintient les reins au chaud. En étroite collaboration avec les médecins, les industriels ont abandonné progressivement les rubans de flanelle pour apporter leur contribution au domaine de la santé. La rubanerie clinique répond à tous les besoins complexes de l’orthopédie, de la traumatologie ou encore de la rhumatologie avec une gamme de rubans thérapeutiques et rubans de contention élastiques. Les entreprises françaises comme Cardial-Lemaître, Richard Frères ou Sigvaris sont toujours aujourd’hui des acteurs importants du marché mondial.

 

 

 

 

Les vertus du ruban conjuguées aux talents des designers et fabricants textiles ont considérablement changé notre rapport à l’intime depuis le 19 ème. Exit le linge de corps des trousseaux associé à la féminité maternelle, exit la servitude du corset. Grâce aux changements opérés dans la lingerie fine, place à la liberté des corps et aux jeux de séduction. L’approche pluridisciplinaire du ruban contemporain permet au corps de s’épanouir dans une lingerie confortable, adaptée à toutes les morphologies, qui n’hésite pas à suivre de très près les nouveaux codes sociétaux.

En espérant seulement que l’adage, « la mode n’est un éternel recommencement », ne se vérifiera pas dans les années à venir…

 

 

A lire :

Le ruban : son histoire, sa technique

 

Expo à voir :

EXPOSITION LES RUBANS DE L’INTIME : Les “dessous chics” de la rubanerie 

 

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Elsa Laurent

Elsa Laurent

Designer dans l’industrie textile en habillement et en ameublement, je suis co-fondatrice de Textileaddict.me depuis 2017. J'aime partager mes connaissances et bons plans du textile mode et maison. Mon objectif : permettre aux acteurs du secteur de se mettre facilement en relation pour développer leurs projets.

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