les conclusions de la table ronde des designers textiles_textileaddict

Le 25 avril dernier, à l’initiative de Textile Addict et du studio Cymé, a eu lieu la première table ronde des designers textile et surface indépendants. Cette rencontre a regroupé plus d’une soixantaine de participants, afin d’échanger sur les enjeux du métier.

Au préalable, les organisatrices avaient lancé une étude auprès des designers afin de faire un état des lieux de la profession et de leurs pratiques. 81 designers ont répondu à l’appel.

Coup d’œil sur les résultats de cette enquête et échanges entre les participants.

 

Profil du designer textile

D’après le sondage réalisé, le designer textile type est une femme de 32 ans, habitant sur Paris et affiliée à la MDA – un constat à nuancer légèrement : une majorité des sondés exercent en mode et habillement, domaine où les profils de designers sont majoritairement plus jeunes et citadins que dans le secteur de l’ameublement.

Devenir designer textile indépendant est un choix ! Malgré les difficultés inhérentes à toutes les activités freelance, ces designers ont volontairement choisi ce mode de travail après avoir exercé dans le privé pour 55,6% d’entre eux, principalement pour gagner en liberté de création.

Malgré tout, trouver le statut le plus approprié à cette activité n’est pas tâche aisée. Si la majorité d’entre eux se tournent vers la Maison des Artistes, ceux-ci reconnaissent que les formalités de création sont complexes et souvent opaques pour les jeunes designers. Le statut de micro-entrepreneur, plus simple à mettre en place, et le portage salarial, une bonne alternative à la fois simple et flexible, sont aussi choisis par une minorité.

profil du designer textile independant_textileaddictsondage réalisé par Textile Addict et Cymé / 25-04-2018 / 81 designers textile indépendants ont répondu

 

Activité du designer textile

La majorité des répondants interviennent dans le secteur dans l’habillement, suivi par celui de l’ameublement. Si leurs pratiques se concentrent en grande partie sur la création d’imprimés, on constate une réelle demande pour d’autres savoirs-faire ( broderie, chaine et trame, prospective, innovation …)

65% des designers ne vivent pas de cette seule activité et 75% d’entre eux sont également graphistes, stylistes, enseignants…quand d’autres (22%), se tournent vers des activités non artistiques. De manière générale, ce n’est qu’à partir de sa 5ème année d’activité que le designer textile peut commencer à se rémunérer, il faudra attendre en moyenne 10 ans d’activité pour vivre intégralement de son activité en design textile.

La majorité de la clientèle des designers textiles français est nationale, et la force de ce marché se concentre sur la demande des PME-PMI. En parallèle, la présence de l’offre créative française sur le marché internationale est réelle, puisqu’il représente en moyenne 30% de la clientèle.

activite du designer textile independant_textileaddictsondage réalisé par Textile Addict et Cymé / 25-04-2018 / 81 designers textile indépendants ont répondu

 

Rémunération du designer textile

62 dessins sont en moyenne vendus par an et par designer, tous domaines confondus.

En terme de tarifs, les écarts sont très importants.

Par exemple, en mode : la fourchette de prix recensée pour la vente d’un dessin, va de 150 et 700€. Toutefois les tarifs fixes les plus cités, 35% des réponses, sont fixés entre 400 et 450€ par dessin.

Grand écart également en ameublement avec des réponses allant de 300 à 1000€ pour une moyenne de 570€, bien inférieure aux 700 € demandés par la majorité des sondés.

 

les prix pratiques par le designer textile independant_textileaddict sondage réalisé par Textile Addict et Cymé / 25-04-2018 /81 designers textile indépendants ont répondu

 

Au fil de l’échange, la question de la juste rémunération des prestations créatives et de la cession de leurs droits a été longuement débattue. Les designers les plus aguerris ont finalement recommandés aux moins expérimentés de ne pas baisser leurs tarifs et de maintenir un prix homogène et ce, malgré une concurrence qui peut être rude, dans le cadre de la vente de dessins sur des salons, avec des studios étrangers qui proposent des tarifs bien en-dessous des habituels 450€ pour un dessin français dans le domaine de la mode.

 

Conseils pour vendre au prix juste :
  • prendre en compte l’utilisation du dessin (le tarif est différent en mode ou en ameublement) : questionner les prospects sur leurs secteurs d’activités et l’utilisation qu’ils comptent faire du dessin.
  • faire valoir ses services et techniques auprès de son client (motifs vendus avec leurs fichiers techniques, calques séparés, au raccord, avec différentes colorisations…)
  • considérer son style à sa juste valeur : le style du designer peut être à lui seul un argument de vente !

 

Quelques conseils pour proposer un tarif attractif tout en conservant sa marge :
  • proposer un package avec un tarif dégressif en fonction du nombre de dessins commandé par le client
  • proposer une réduction exceptionnelle plutôt que de baisser son tarif : indiquer sur la facture le montant réel du dessin, et bien préciser qu’il s’agit d’un geste commercial.
  • proposer un bonus comme offrir une colorisation supplémentaire par exemple

 

La cession de droits

Beaucoup des designers présents reconnaissent une grande difficulté à négocier une cession de droits, même avec un contrat type, puisque le designer doit faire face à la réticence du client (procédure non habituelle ou simple refus). D’ailleurs, 75% des répondants cèdent totalement leurs droits à la demande de leurs clients. Il a été précisé qu’appliquer la cession des droits demande énormément de rigueur et de temps pour assurer un suivi de l’utilisation de son dessin avec le client.

 

Contrats et conditions générales de vente

La rédaction du contrat entre le designer cédant sa création et son client a donné lieu à de nombreux échanges et interrogations.

 

Conseils pour rédiger un contrat :
  • la rédaction du contrat et son contenu n’est pas figé, il peut évoluer et être négocié au cas par cas avec le client
  • un avocat peut vous aider à rédiger un modèle personnalisé

 

Conseils pour se prémunir de certains abus ou litiges :
  • ajouter des conditions générales de ventes aux devis et facture. Des mentions telles que “les dessins n’appartiennent pas à l’acquéreur avant réception du paiement et du contrat de cession de droit signé des deux parties” sont recommandées afin de faire valoir ses droits en cas de litige
  • préciser dans le contrat ou dans les CGV que les modifications par le client du dessin acheté sont autorisées mais que le créateur ne sera en aucun cas responsable de celles-ci en cas de litige concernant la copie ou le plagiat d’une marque envers une autre.

 

Conseils pour réduire les retards ou les défauts de paiement :
  • demander un acompte au moment de la vente, ou de la signature du devis quand il s’agit d’une prestation créative
  • prendre contact directement avec le service de comptabilité du client. Les designers envoient bien souvent leurs factures à leurs interlocuteurs qui occupent pour la plupart des fonctions créatives, ou d’achat au sein de l’entreprise, ceux-ci oublient parfois de transmettre les factures à leur comptable !
  • n’envoyer le fichier numérique d’un dessin qu’à la réception du paiement lors q’une vente sur les salons

 

Communication et protection des oeuvres

19% des sondés ont déjà du faire face à un litige concernant leurs droits d’auteurs.

Il est du devoir du designer de rappeler à ses clients les principes du droits d’auteur, ( Non une image trouvée sur internet ne leur appartient pas ! ) Ces maladresses sont souvent dues plus à une méconnaissance du droit qu’à une réelle malice de leur part.

Même si beaucoup de designers ne présentent pas leur collection sur le web pour limiter les risques de copies, des solutions existent pour ceux qui souhaitent les exposer.

 

Conseils pour présenter ses créations au client sur le web :
  • envoyer des vignettes de ses créations en basse définition
  • apposer un filigrane sur toutes ses images
  • mettre en évidence sa signature, insérer son logo
  • n’envoyer qu’un extrait du motif : ne pas envoyer d’image, même en basse définition, permettant de voir le rapport du motif, ou de grands éléments en entier
  • identifier l’acheteur potentiel avant de lui permettre de consulter la collection en ligne
  • proposer un accès à un fichier par mot de passe, voire un accès limité dans le temps à son travail via Google Drive par exemple

D’autres solutions pour présenter (et vendre) ses motifs textile sont consultables dans cet article.

 

Il est très important pour un designer de pouvoir prouver qu’il est l’auteur de son dessin, en cas de contestation ou de plagiat de la part d’un concurrent envers son client.

 

Conseils pour prouver l'antériorité de ses oeuvres :
  • faire signer et conserver les documents de cessions de droits, qui protègent autant les designers que ses clients
  • conserver les scans, dessins originaux, fichiers techniques
  • s’envoyant ses créations par mail ou par courrier
  • déposer ses créations sous enveloppe Soleau physique ou numérique
  • procéder au dépôt de dessins et modèles à l’INPI, qui permet à la fois d’obtenir une protection en droit d’auteur et en propriété industrielle, ainsi que pouvoir étendre ce droit à l’étranger. Cependant le coût d’une telle démarche en limite son utilisation. Certains participants ne déposent le dessin qu’après sa vente (protection en cas d’utilisation frauduleuse du dessin)

 

A lire : Petit guide pratique pour protéger ses créations

 

Les salons professionnels

43% des designers interrogés exposent sur des salons. 62% des répondants considèrent cette participation comme essentielle à leur démarche commerciale. On remarque toutefois que plus de la moitié des designers textiles vivant de leur activité n’exposent pas.

Les salons auxquels les designers français participent le plus sont Première Vision pour l’habillement (74,3%), Playtime pour l’univers de l’enfant (40%), Heimtextil pour l’ameublement (14,3%).

Il a été mis en avant la difficulté d’exposer sur ces salons du fait des coûts très élevés qu’il engendrent. En effet, 94% des répondants trouvent les salons trop chers (un emplacement à Première Vision demande un investissement d’au moins 3000€).

En outre, il a été précisé lors des discussions que la participation à un salon ne pouvaient se faire de façon unique, c’est un investissement qui se concrétise uniquement dans la durée (3 participations consécutives recommandées) et dans l’application d’une stratégie commerciale bien définie.

participation aux salons professionnels par le designer textile independant_textileaddict sondage réalisé par Textile Addict et Cymé / 25-04-2018 /81 designers textile indépendants ont répondu

 

Plus d’infos pour s’inscrire et réussir son premier salon professionnel textile, mode et design

 

La création d’une fédération pour soutenir les designers textile

Grâce à cette rencontre, les designers textile souhaitent désormais créer une association / fédération afin de partager les savoirs et pratiques, de s’entraider, de communiquer et de mener des actions concrètes pour soutenir et faire évoluer la profession de designer textile au vu des enjeux présents et à venir.

Les champs d’interventions plébiscités à prioriser sont :

  • Établir une grille de référence, un mode de calcul clair, des tarifs à pratiquer en fonction des domaines d’applications et des droits cédés.
  • Apporter une aide et des conseils juridique principalement autour des questions liées au droit d’auteur.
  • Soutenir et aiguiller dans la recherche de subventions
  • Mais aussi, représenter auprès du public, médias et pouvoirs publics les designers et leurs savoirs-faire, créer un annuaire professionnel exhaustif, faciliter la rencontre et la création d’un réseau de designers, dispenser des conseils pratiques et techniques (statuts juridiques, stratégie commerciale, questions techniques…), jouer un rôle de régulation dans la relation designers/clients…

 

Une nouvelle rencontre sera à nouveau organisée la première semaine de juin (date et lieu sur Paris à confirmer) afin de déterminer les contours administratifs et juridiques de cette future structure.

 

Nous remercions une nouvelle fois tous les participants pour leur présence et leur implication.
Et plus particulièrement Soizic Gilibert, Camille Pianel, Morgane Tudal et Francine Adjagbenon pour leur aide dans la mise en place et le déroulement de cette table ronde.

 

 

A lire :

De l’art à la manière : quelles solutions pour présenter (et vendre) vos motifs textile ?

Petit guide pratique pour protéger ses créations

Comment s’inscrire et réussir son premier salon professionnel textile, mode et design ?

 

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4 Commentaires
  1. Marion Pestre 1 année Il y a

    Bravo pour cette initiative, c’est très intéressant! Aura-t-on la possibilité d’avoir une liste de tous ces designers textiles?

  2. Auteur
    Elsa 1 année Il y a

    Merci Marion ! Beaucoup d’entre eux sont déjà répertoriés dans l’annuaire des dessinateurs : https://dessinateur.textileaddict.me/ Je vous invite à y jeter un oeil pour trouver leurs coordonnées 🙂

  3. Tessigraphes Design 1 année Il y a

    Génial. Enfin, des chiffres sur notre secteur d’activité !
    Je regrette ne pas avoir pu être présente, mais vous pouvez compter sur moi lors de la prochaine rencontre 🙂
    (pour representer les 15% de designers textile qui sont dans les autres grandes villes françaises…)
    Bravo, et un grand merci !

  4. Auteur
    Elsa 1 année Il y a

    Top ! Merci !

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