Après le temps de la création vient celui de la coupe des articles, étape avec laquelle débute le lancement de la production d’une collection de mode. Exit les ciseaux de couturière, découper du tissu à grande échelle nécessite un matériel spécifique et une organisation sans faille. Durant cette opération de confection qui génère une grande quantité de déchets textiles, on cherche bien évidemment à optimiser l’utilisation des matières, dans un objectif économique, mais aussi écologique.
De l’ordre de fabrication à la mise en paquet des articles, comment transforme-t-on les rouleaux d’étoffe en vêtements coupés ? Direction l’atelier de coupe à façon pour le découvrir.
Le plan de matelassage
Pour préparer le plan de matelassage et les tracés, le responsable de coupe se base sur l’ordre de fabrication (OF ou bordereau de coupe) établi d’après la commande client. L’OF mentionne la ou les référence(s) du modèle à couper par coloris, ainsi que la quantité par taille. Cette phase de planification vise à obtenir – a minima – le nombre d’exemplaires demandé pour chaque taille, en limitant les pertes de matières grâce à des placements étudiés.
Étude
La mission de l’opérateur consiste d’abord à définir le nombre de matelas et le nombre d’épaisseurs (appelées « plis » ou « couches ») de chaque matelas. Il existe une multitude de combinaisons possibles et plusieurs matelas peuvent être nécessaires.
Par exemple, un plan de matelassage peut prévoir un premier matelas composé d’un grand nombre de plis, afin de placer la majeure partie des pièces commandées, toutes tailles confondues. Un second matelas, composé de moins de plis et bénéficiant lui aussi d’un placement optimisé, permet de couvrir l’ensemble du reste à couper (avec parfois quelques pièces excédentaires !)
Placements / tracés de coupe
Pour composer un « puzzle » efficace en minimisant les espaces perdus, l’opérateur chargé des tracés de coupe positionne au mieux les différentes pièces. Il faut généralement mélanger les tailles afin de trouver la meilleure configuration possible.
La préparation des placements est assistée par ordinateur, voire automatisée. Les schémas de coupe sont d’abord réalisés à l’échelle 1/5e, puis reproduits sur papier par un traceur à l’échelle 1 afin de servir de gabarit.
Le matelassage des étoffes
On compose un matelas en superposant plusieurs plis de tissu afin d’obtenir autant d’exemplaires d’une même pièce après découpe.
Matériel
- Chariots matelasseurs : ces machines peuvent être manuelles, semi-manuelles ou automatiques. Elles sont alimentées par des rouleaux de textile et permettent de déposer précisément plusieurs couches successives de tissu sur une table de découpe en effectuant des allers-retours. Différents types de chariots existent, en fonction de la méthode de matelassage envisagée et du type de textile à matelasser (chariot pour tricot tubulaire, chariot grande largeur pour les tissus ou tricots ouverts, chariot à tourelle pivotante…)
- Tables de découpe : Elles existent de toutes largeurs et de toutes longueurs. Certains modèles sont dotés de perforations et ventilés, une spécificité qui permet de générer un « coussin d’air » sous les matelas, généralement lourds et épais, afin de faciliter leur déplacement. D’autres sont équipés de systèmes d’aspiration destinés à immobiliser le matelas pendant la coupe, ou à limiter la dispersion de poussières et peluches dans l’atelier. Il existe également des tables équipées de bandes transporteuses pour entraîner les matelas vers la table de découpe. À noter : les étoffes rayées, ainsi que les motifs qui nécessitent d’être strictement alignés pour des raisons esthétiques (tissés, imprimés, brodés, dentelle…) sont disposés et fixés sur une table à aiguilles. Celles-ci émergent progressivement de la table au fil du matelassage pour maintenir les dessins en place durant l’ensemble des opérations (matelassage et coupe).
Techniques et méthodes de matelassage
Pour être conforme aux exigences esthétiques du modèle, la confection implique souvent d’utiliser le textile en respectant une face et un sens précis.
En d’autres termes, il faut superposer les couches d’étoffe, mais pas n’importe comment ! Cette contrainte impose de privilégier un procédé de matelassage adapté au sens des motifs, ou permettant d’obtenir certains éléments parfaitement symétriques. Selon la disposition envisagée pour les différents plis, 3 grandes méthodes de matelassage peuvent s’appliquer :
- En zigzag (ou en accordéon) : Cette méthode de matelassage est la plus simple et la plus rapide. Elle permet de superposer alternativement les plis endroit contre endroit, puis envers contre envers. Cette configuration n’est envisageable que si l’endroit et l’envers de l’étoffe sont identiques, la méthode zigzag s’applique donc uniquement aux éléments de vêtements qui n’ont pas de contrainte de sens, ni de face.
- Endroit contre envers, avec coupe en bout : Ici, le chariot matelasseur dépose un pli de tissu à l’aller, mais il effectue le trajet retour à vide car chaque couche de textile est coupée à son extrémité dès qu’elle est déposée. Les étoffes sont ainsi superposées envers contre endroit, ce qui permet d’obtenir tous les éléments dans le même sens et sur la même face.
- Endroit contre endroit, puis envers contre envers, en respectant le sens pour tous les plis : Cette méthode débute comme la précédente, mais le chariot utilisé a la particularité de faire pivoter horizontalement le rouleau d’étoffe en fin de trajet, avant de déposer un nouveau pli en sens inverse. Cette technique s’applique aux étoffes tissées (chaîne et trame) pas ou peu extensibles. Elle permet d’obtenir des paires d’éléments parfaitement symétriques, positionnés dans le bon sens avant l’assemblage.
Le matelassage peut s’appliquer indifféremment aux textiles tissés, aux tricots ouverts ou au large, mais aussi aux tricots tubulaires. Dans ce dernier cas, 2 plis sont déposés à chaque passage (endroit contre endroit et envers contre envers), ce qui permet de disposer des demi-patrons en bordure de tricot afin d’obtenir une symétrie parfaite après découpe, une fois l’élément déplié.
Contrôle visuel et traitement des défauts
Le matelassage donne aussi l’occasion de passer en revue les étoffes afin de détecter d’éventuels défauts. Ce « contrôle qualité » se nomme visitage.
Les imperfections sont réparties en 3 catégories :
- Défauts ponctuels : trous, grilles, petits défauts de mailles…
- Gros défauts : barrures, imperfections dues à des aiguilles défectueuses…
- Différences de nuances entre les pièces.
Dans le cas de défauts ponctuels sur le matelas (sur 1 ou 2 éléments du placement maximum), ceux-ci sont signalés par une « sonnette » bien visible en lisière (petit repère de fil cousu, ou bandelette de papier collée). Dans la mesure du possible, les défauts mineurs sont rectifiés à la main.
Selon la taille et la nature de l’anomalie, il faut parfois couper la partie défectueuse et effectuer des raccords grâce à des chevauchements de tissu, de manière à récupérer des morceaux entiers utilisables.
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La coupe des articles
Le tracé papier à l’échelle 1 sert de gabarit de découpe. Il est fixé sur le matelas grâce à un adhésif thermocollant (plus rarement des pinces, des agrafes ou des poids).
Matériel de coupe : lames, laser ou… jet d’eau !
Couper précisément plusieurs couches de tissu demande des outils et des machines spécifiques. Les petites pièces exigeant toujours plus de précision que les grandes, le choix du procédé dépend de l’épaisseur du matelas – qui peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres – mais aussi de la taille des pièces à découper. Le matériel se répartit en 2 grandes familles : les outils manuels ou assistés et les systèmes de coupe automatisés.
- Découpe manuelle : les matelas sont découpés à l’aide de ciseaux électriques, à lame circulaire ou verticale (« tip top ») manipulés directement par des opérateurs. Selon leur poids, ces outils assez lourds peuvent comporter une semelle montée sur des roulements pour faciliter leur déplacement sur les tables. Dans cette catégorie figurent également les ciseaux à lame verticale suspendus (à commande assistée) et les scies à ruban.
- Découpe automatique : Les systèmes de coupe automatique sont des machines-outils à commande numérique. Ils se composent d’une unité de commande et d’une unité de découpe. Le placement assisté par ordinateur est transféré dans l’unité de commande (ordinateur), qui permet de paramétrer l’ensemble des données relatives à l’opération de découpe (vitesse, accélération, décélération…) et d’en assurer le contrôle. Ce type d’équipement est très répandu car il offre un gain de productivité et une très grande qualité de coupe, parfaitement reproductible. Les systèmes de découpe automatique ne sont pas toujours équipés de lames : certains d’entre eux sont basés sur une technologie laser, d’autres sur un jet d’eau à haute pression additionné d’un matériau abrasif (poudre de grenat par exemple).
Mise en paquets des articles après la coupe
Avant d’être envoyées vers l’atelier de confection, les différentes pièces des articles sont regroupées en paquets par tailles.
Chaque paquet contient également l’ensemble des petites fournitures nécessaires à la fabrication du modèle (étiquettes de marque, de composition, d’entretien, boutons, glissières, etc.) ainsi que la gamme de montage (pour le temps de réalisation) et les indications nécessaires au suivi de la production.
Que deviennent les déchets de coupe ?
Le circuit de fabrication d’un vêtement « coupé-cousu » génère beaucoup de déchets mais la phase de découpe est celle qui produit le plus de pertes palpables de tissu neuf, essentiellement en raison du placement. Les résidus varient entre 8 % (tricots tubulaires) et 35 % lorsqu’il existe une contrainte de raccord de dessin (étoffes rayées ou à motifs placés).
À ces déchets de coupe s’ajoutent les débuts de pièces souvent inutilisables car chiffonnés ou salis, ainsi que les extrémités des matelas, les raccords et les parties défectueuses éliminées lors du visitage.
Autrefois systématiques, l’enfouissement et l’incinération ressemblent aujourd’hui à des solutions de « dernier recours », car il existe d’autres débouchés pour ces déchets textiles, sous réserve de les trier par nature. Différentes filières de valorisation permettent de leur donner une utilité grâce au recyclage, ou plutôt sous-cyclage. On peut ainsi les transformer par effilochage, les utiliser en cartonnerie pour produire des cartons feutres, matériaux d’isolation, rembourrage, etc., ou tout simplement reconditionner les lambeaux tels quels après les avoir répartis par couleurs et débarrassés des points durs. Ils sont alors utilisés comme chiffons jetables dans l’industrie.
Malheureusement, la gestion du tri s’avère parfois difficile à organiser au sein d’un atelier qui traite un énorme flux de matières de nature et de coloris différents, parfois mélangées avec du papier et du plastique. La nature même de l’activité de découpe textile rend l’objectif « zéro déchet » quasiment impossible à atteindre. Du moins jusqu’à ce que de nouvelles technologies soient capables de fabriquer, à grande échelle, des éléments de formes et de dimensions diverses tout prêts à assembler à partir de fibres textiles. Mais nous n’y sommes pas encore…
Plus que jamais, la coupe des tissus constitue donc un maillon essentiel de la confection. Indispensable à la bonne réalisation d’un vêtement, sa réussite impacte également le coût financier et environnemental de chaque pièce d’une collection de mode, et ce dès la préparation des placements !
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