L’impact des nouvelles technologies dans la filiere textile la fin de la sous-traitance_TextileAddict

 

Le secteur textile est en train de connaître des changements profonds : slow-fashion, développement de la production du coton bio, tendance accrue au recyclage, le fait main… Si ces tendances remettent en cause l’impact social et environnemental du textile actuel, elles ont l’inconvénient de ne pas proposer de vrais modèles de rupture sur la façon de produire des vêtements.

 

 

Les nouvelles technologies dans la filière textile

Ce qui pourrait réellement changer la donne, c’est l’arrivée de nouvelles technologies. La filière textile fait partie des secteurs de l’industrie qui ont peu innové jusqu’à présent (si on met de côté les tissus techniques et les vêtements connectés/intelligents, et certaines opérations comme la coupe qui ont grandement bénéficié de l’automatisation). On a longtemps préféré délocaliser la production, plutôt que d’investir dans la Recherche & Développement pour développer de nouvelles façons de produire. Cela se ressent très fortement lorsque l’on voit que l’industrie textile est une filière où le travail manuel domine encore très largement, notamment dans les étapes d’assemblage des vêtements (en comparaison avec des industries aussi diverses que l’automobile, l’imprimerie, l’agro-alimentaire etc…)

 

 

Automatisation et miniaturisation

L’automatisation, combinée parfois à la miniaturisation, qui gagne du terrain, va contribuer à remodeler fortement le secteur. Pour la bonne compréhension du lecteur, nous avons retenu les définitions suivantes : l’automatisation est le fait de rendre automatique, à l’aide de machines, des tâches répétitives traditionnellement réalisées à la main. La miniaturisation consiste à réduire la taille des composants et des machines.

 

sewbo addidas SpeedFactory textileaddict©sewbo // chaîne de montage ©Addidas SpeedFactory

 

Nous pouvons citer les entreprises Sewbo et Softwear Automation qui ont mis au point des robots aptes à réaliser la confection de vêtements. Des solutions de production miniaturisées font leur apparition, avec la startup Kniterate qui propose une machine à tricoter automatisée pour particuliers et designers (la startup est parvenue à lever plus de 630 000$ sur Kickstater). Citons également Adidas et sa SpeedFactory pour faire fabriquer certaines de ses chaussures en Allemagne.

 

 

 

 

Ce double mouvement d’automatisation et de miniaturisation change profondément la nature du travail dans la filière textile. Il induit en premier lieu une perte de monopole des sous-traitants conventionnels sur les savoir-faire de confection, qu’ils soient situés en Europe, aux Etats-Unis, au Bangladesh ou en Chine. Cette évolution introduit un chamboulement important des compétences qui seront nécessaires à moyen et long terme : moins de compétences strictement manuelles, plus de compétences intellectuelles, des métiers sans doute davantage tournés vers le conseil et la conception… Ce phénomène va également nous forcer à mieux traiter et à mieux former les travailleurs du textile, quelque soit le pays où ils travaillent.

En second lieu, la miniaturisation, conjuguée à démocratisation des technologies, va permettre l’émergence de nouvelles formes d’organisations. Les marques pourraient entrer dans un cycle où elles sont auto-suffisantes pour leur production. Et pourquoi ? Parce que cette possibilité devient réelle, et parce que cette situation offre des avantages stratégiques incomparables dans le monde de l’habillement : maîtrise des délais, de la qualité, possibilité de prototypage rapide, la fin des quantités minimales, moins de problèmes liés à la gestion des stocks, la limitation des risques de violation de la propriété intellectuelle…

 

Ce qui est en train de se passer, c’est que des savoir-faire qui étaient considérés comme difficilement automatisables jusqu’à présent sont en train de l’être. Certains savoir-faire considérés comme exclusifs sont en passe de ne plus l’être. Si ce phénomène touche les sous-traitants, il va en être de même pour les marques qui sous-traitent intégralement leur production. Il y a un risque assez fort de retour de bâton pour toutes les marques qui ont misées uniquement sur l’immatériel au détriment de la possession d’un savoir-faire tangible.

 

 

Peut-on compenser en délocalisant vers des pays à bas coûts ?

Oui, mais seulement à très court terme. Car l’automatisation annule malheureusement un critère qui a longtemps été déterminant dans toute l’industrie textile : celui du coût de la main d’oeuvre, notamment dans la confection.

Par ailleurs, les avantages de l’automatisation ne s’arrêtent pas au coût de la main d’oeuvre, mais concernent bien évidemment la qualité des produits, les possibilités illimitées de créativité, la fiabilité de la production, la productivité

 

 

Quels seront les effets de ces nouvelles technologies pour les marques émergentes ?

En effet, l’arrivée de nouveaux outils de production offre un avantage compétitif indéniable aux nouvelles marques qui vont se les approprier, en leur permettant de se positionner sur de nouveaux créneaux : production à la demande, possibilité de devenir “façonnier”, réalisation de produits sur mesure… Et fait assez inédit, elles vont devenir entièrement titulaires d’un savoir faire de production (ce qui n’est pas une généralité dans le secteur de l’habillement). Elles vont donc non seulement s’extraire des problèmes liés à la sous-traitance classique, mais recomposer les rapports de force dans la filière.

A titre d’exemple, on peut citer la marque New-Yorkaise Thursday Finest qui fabrique des produits tricotés exclusivement à la demande et en toute autonomie. Cette nouvelle approche du business lui permet de mieux gérer ses stocks, de ne pas dépendre de sous-traitants et d’offrir des produits qui répondent à un vrai besoin pour les consommateurs. Le jeune marque a d’ailleurs eu l’occasion en décembre dernier de boucler avec succès une campagne de crowdfunding sur IndieGogo.

 

 

 

 

A l’image du secteur de l’imprimerie et de l’édition

Le secteur de l’imprimerie et de l’édition où des libraires testent de nouvelles machines permettant l’impression de livres à la demande nous offre un avant goût de ces évolutions. A Paris, la bibliothèque des Presses Universitaires de France propose d’ailleurs un service de ce type. La démarche classique consiste à commander des livres à un éditeur, qui les envoient ensuite à un imprimeur, qui les envoient à un libraire pour les stocker. Cette démarche pose des contraintes à de nombreux niveaux : il faut des quantités minimales à imprimer, ces livres doivent ensuite être expédiés, puis stocker avec un risque d’invendu. Pensons aux auteurs, qui doivent réussir à convaincre un éditeur de bien vouloir publier leur livre. L’intégration du service d’impression par des libraires change la donne et offre une opportunité à laquelle il est difficile de résister : les livres sont stockés sur support virtuel, et uniquement imprimés si un consommateur le demande, sans contrainte de stocks physiques pour le libraire. Sans parler des auteurs qui n’auront peut être plus à gérer des relations avec des éditeurs, et pourront librement proposer leurs livres à des libraires, sans devoir avancer des frais conséquents.

 

Ministry of Supply textileaddict©Ministry of Supply utilise une machine à tricoter en 3D pour fabriquer des blazers personnalisés à la demande

 

C’est ce qui va se passer dans l’habillement. Et qu’est-ce qui empêchera des magasins de vêtements de proposer leurs propres collections à “imprimer” à la demande ? C’est d’ailleurs ce que l’entreprise américaine Ministry of Supply expérimente en proposant à ses clients, en magasin, de fabriquer leurs propres vêtements. C’est un exemple qui montre à quel point le secteur de l’habillement est en train d’évoluer.

 

PRODUIRE À LA DEMANDE : Le nouveau modèle économique de la mode ?

 

 

Ces évolutions technologiques sont donc en train de changer radicalement la façon dont une entreprise textile fonctionne. La possibilité de se constituer son propre outil de production rendra moins attrayante la sous-traitance classique. Elle offre des avantages compétitifs difficiles à obtenir avec une organisation plus classique. Toutes ces évolutions ouvrent la voie à de nouveaux modèles économiques intégrant production et distribution au plus près des consommateurs.

 

Article rédigé par Simon Chabrol, qui fabrique des accessoires tricotés dans son atelier à Nancy. Il est également auteur d’un blog dédié au “Made in France” depuis 2015. En dehors de son travail, il s’intéresse à la musique et la photographie.

 

 

A lire :

Slow fashion : une autre façon de consommer la mode !

Les dessous (pas très chics) de l’industrie textile

 

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