On appelle apprêtage l’ensemble des opérations appliquées aux textiles afin d’embellir un tissu et de lui conférer de nouvelles propriétés, dans le but de le préparer à l’usage auquel il est destiné. Ces opérations reposent sur deux grandes familles de procédés : les traitements mécaniques, réalisés à l’état sec pour modifier la surface, le toucher ou l’apparence d’une étoffe, et les apprêts chimiques, qui enrobent les fibres ou déposent un polymère à la surface du tissu pour lui donner des propriétés nouvelles sans en changer l’aspect.Mais avant d’être une catégorie technique, l’apprêtage textile est d’abord une histoire, celle d’un siècle de recherche pour rendre les tissus plus résistants, plus confortables, plus intelligents. Du premier traitement ignifuge breveté en 1922 aux textiles communicants des années 2000, en passant par le Gore-Tex, la polaire ou le Lycra, cette histoire des apprêts textiles éclaire une bonne partie des vêtements que nous portons aujourd’hui. Voici son parcours chronologique complet.
Début du XXe siècle : la naissance des premiers apprêts de protection
- 1922 : mise au point de traitements ignifuges et imperméabilisants, restés dans l’histoire sous le nom de procédé Hirschler.
- 1932 : apparition des premiers apprêts infroissables, destinés aux soies artificielles, en particulier à l’acétate.
- 1938 : développement des premiers procédés antitaches.
Ces trois innovations partagent une même ambition, qui restera au cœur de l’apprêtage textile pendant tout le siècle suivant : rendre un tissu plus résistant à son environnement — le feu, l’eau, les taches, les faux plis — sans altérer sa nature première.
1936-1956 : quand l’escrime invente le textile conducteur
L’un des tout premiers exemples de textile « augmenté » par une fonction électrique vient d’un sport : l’escrime. Dès 1936, l’électrification des épées impose que les tenues des escrimeurs deviennent elles-mêmes conductrices, afin de comptabiliser électroniquement les touches. Il faut attendre les Jeux olympiques de Melbourne, en 1956, pour que cette innovation soit officialisée, au moment où le fleuret est à son tour électrifié. Cet épisode, souvent méconnu de l’histoire de l’apprêtage, préfigure déjà — vingt ans avant les premiers vêtements de sport techniques — l’idée d’un textile capable d’intégrer une fonction électronique.
Les années 1950 : le confort d’entretien et la protection contre le froid
Les années 1950 marquent un véritable tournant avec l’apparition du « Wash and wear ». Ce procédé apporte une facilité d’entretien des tissus bien supérieure aux méthodes précédentes : chaque fibre est enrobée d’une résine fluorée, donnant naissance aux traitements Téflon et Scotchgard, deux noms qui deviendront emblématiques de la protection contre les taches et l’humidité.
C’est aussi en 1953 que Georges Beuchat met au point la première combinaison isothermique destinée à protéger les plongeurs du froid, grâce au néoprène, un matériau issu de la synthèse du caoutchouc qui reste, aujourd’hui encore, la référence de la plongée sous-marine. La même décennie voit naître la chlorofibre, inventée par Rhovyl, à partir de laquelle Damart dépose la marque Thermolactyl, dédiée à la protection de la peau contre le froid et l’humidité — une marque toujours commercialisée plus de soixante-dix ans plus tard.
1967-1969 : l’âge d’or des membranes techniques
La fin des années 1960 voit apparaître deux innovations qui structurent encore aujourd’hui le marché du vêtement technique :
- 1967 : DuPont de Nemours développe le Tyvek, un non-tissé léger composé de fibres thermoliées, sans adhésifs ni liants. Il est rapidement adopté pour fabriquer des vêtements de protection destinés aux environnements à risque de contamination, notamment dans la chimie et l’industrie.
- 1969 : invention de la célèbre membrane Gore-Tex aux États-Unis, par Bob Gore. Cette membrane microporeuse, ultrafine, imperméable et coupe-vent laisse échapper la transpiration tout en empêchant le passage des gouttes d’eau — un principe qui reste, plus de cinquante ans après, la référence des vêtements outdoor imper-respirants.
1979 : la naissance de la polaire
En 1979, le tisseur américain Malden Mills invente la première fibre polaire, tricotée et dotée d’un traitement de surface qui lui confère une isolation thermique performante. Elle sera commercialisée sous le nom Polartec. Son appellation évolue avec le temps : d’abord baptisée « fourrure polaire », elle devient successivement « maille polaire », puis « laine polaire », avant de se stabiliser simplement en « polaire ». D’autres propriétés viendront s’y ajouter par la suite : imperméabilité, coupe-vent et résistance à l’abrasion — faisant de la polaire l’un des textiles fonctionnels les plus durables de l’histoire de l’apprêtage.
Les années 1980 : les premières fibres biodégradables
Dans les années 1980 apparaissent les fibres polylactiques, plus connues sous le sigle PLA (pour polylactic acid). Ce polymère biodégradable, obtenu à partir d’amidon de maïs, reste alors cantonné au domaine médical à haute valeur ajoutée, en raison de ses qualités biocompatibles, biorésorbables et biodégradables. Cette innovation constitue l’un des tout premiers jalons de ce que l’on appellerait aujourd’hui l’éco-conception textile — bien avant que la durabilité ne devienne un enjeu central du secteur.
1990-1996 : le sport, laboratoire de la thermorégulation
En 1990, la technologie Outlast fait son apparition. Elle repose sur des matériaux à changement de phase — des microcapsules à base de paraffine capables d’emmagasiner puis de restituer la chaleur au niveau du corps — offrant une régulation thermique inédite jusqu’alors.
En 1996, les sportifs adoptent massivement des vêtements moulants associant Nylon et élasthanne, la fameuse fibre Lycra. La même année, à l’occasion des Jeux olympiques d’Atlanta, DuPont de Nemours associe le Lycra au Coolmax : les propriétés de thermorégulation du Coolmax et celles de maintien du corps du Lycra se combinent pour préserver un microclimat au niveau des muscles des athlètes, améliorant durablement leurs performances. Cette alliance entre confort thermique et compression musculaire influence encore aujourd’hui la conception des textiles de sport haute performance.
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Les années 2000 : cosmétotextiles, nanotechnologies et vêtements communicants
Le tournant du millénaire marque une accélération spectaculaire de l’histoire des apprêts textiles, portée par la miniaturisation et les nanotechnologies :
- Un foulard parfumant intégrant des microcapsules figure dans la collection de la maison Hermès, illustrant l’entrée de l’apprêtage fonctionnel dans le luxe.
- Apparaissent les cosmétotextiles : des textiles dotés de pouvoirs amincissants (à l’image des collants DIM), anticellulite ou encore anti-UV, à mi-chemin entre le textile et le soin cosmétique.
- Le textile intelligent naît véritablement avec les nanotechnologies et la manipulation de la matière aux échelles atomique, moléculaire et macromoléculaire, ouvrant la voie à des tissus réactifs, interactifs et adaptatifs.
- En 2002, un projet associant France Télécom et la maison de soierie lyonnaise Cédric Brochier aboutit à la réalisation d’un vêtement communicant, intégrant un écran souple téléchargeable — une préfiguration très précoce des vêtements connectés que l’on retrouve aujourd’hui dans le sport et la santé.
Ces innovations, qu’on regroupe alors sous le nom de textiles intelligents, techniques ou fonctionnels, répondent à des exigences technico-qualitatives élevées (performances mécaniques, électroniques, thermiques, durabilité), qui supposent un effort constant de recherche et développement. À titre d’illustration de l’ampleur prise par ce secteur, en France, les textiles techniques représentaient déjà, selon des chiffres de 2006 (DGE/Ubifrance), plus de 30 % de la production textile totale, faisant de la France le deuxième producteur européen de textiles techniques, juste derrière l’Allemagne.
Ce que révèle cette histoire : deux logiques d’apprêtage complémentaires
En un siècle, cette succession d’innovations a été rendue possible par deux grandes logiques de traitement, qui coexistent encore aujourd’hui dans l’industrie textile. D’un côté, les traitements mécaniques, réalisés à l’état sec, qui modifient la surface, le toucher ou l’apparence d’une étoffe. De l’autre, les apprêts chimiques, qui enrobent les fibres pour leur apporter de nouvelles propriétés sans changer leur aspect, ou qui déposent un matériau polymère liquide à la surface du tissu pour créer une pellicule protectrice. Du procédé Hirschler de 1922 à la membrane Gore-Tex de 1969, en passant par le Wash and wear des années 1950, c’est bien l’alternance et la combinaison de ces deux approches qui a permis à l’apprêtage textile de se réinventer décennie après décennie.
FAQ : questions fréquentes sur l’histoire des apprêts textiles
Qu’est-ce qu’un apprêt textile ?
Un apprêt textile est un traitement, mécanique ou chimique, appliqué à un tissu pour l’embellir ou lui donner de nouvelles propriétés (imperméabilité, résistance au feu, confort thermique, etc.), afin de le préparer à l’usage auquel il est destiné.
Quel est le premier apprêt textile de l’histoire ?
Les tout premiers traitements de protection par imprégnation apparaissent au début du XXe siècle, avec en particulier le procédé Hirschler de 1922 (traitements ignifuges et imperméabilisants), suivi des apprêts infroissables de 1932 et des procédés antitaches de 1938.
Quand le Gore-Tex a-t-il été inventé ?
La membrane Gore-Tex a été inventée en 1969 aux États-Unis par Bob Gore. Il s’agit d’une membrane microporeuse, imperméable et coupe-vent, qui laisse s’échapper la transpiration tout en empêchant l’eau de pénétrer.
Quand la fibre polaire a-t-elle été créée ?
La première fibre polaire a été inventée en 1979 par le tisseur américain Malden Mills, sous le nom de Polartec. Le terme a évolué de « fourrure polaire » à « maille polaire », puis à « laine polaire », avant de devenir simplement « polaire ».
Qu’est-ce qu’un textile intelligent et depuis quand existe-t-il ?
Un textile intelligent, aussi appelé textile fonctionnel ou technique, intègre des systèmes miniaturisés (chimiques, physiques, électroniques ou téléinformatiques) qui le rendent réactif, interactif ou adaptatif. Cette famille de textiles est née dans les années 2000, avec l’essor des nanotechnologies.
La France est-elle un grand producteur de textiles techniques ?
Oui : selon des chiffres de 2006 (DGE/Ubifrance), les textiles techniques représentaient plus de 30 % de la production textile totale en France, qui était alors le deuxième producteur européen de ce type de textiles, derrière l’Allemagne.
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